La colonisation a-t-elle eu des effets positifs PTINTERO.gif (1122 octets)

 

Bien conscient des griefs que l’on peut faire aux colonisateurs, l’historien Marc Ferro rêve pourtant d’entendre ou de lire un jour des témoignages d’anciens colonisés qui se souviendraient, « peut-être avec émotion, de leur toubib et de leur instit, des pères blancs et de la malaria. Car le temps des colonies, ce fut cela, aussi ».(1)

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Au crédit des colonisateurs on peut inscrire les éléments suivants.
  • L’ordre public : ils se sont appliqués à mettre fin aux guerres tribales, aux razzias, à des pratiques condamnées par nos moeurs (comme le cannibalisme, ou le sati, suicide plus ou moins spontané de la veuve indienne sur le bûcher où brûle le corps de son mari) cependant ils n’ont pas éradiqué complètement l’excision en Afrique, ou l’infanticide des filles en Inde.
    En général les colonisateurs ont crée des forces militaires, policières et des institutions judiciaires, qui sont indispensables à tout Etat.
  • La création des infrastructures de base : elles étaient certes nécessaires à l’exploitation des territoires, et sont restées (plus ou moins bien entretenues et développées) après l’indépendance : routes, voies ferrées, installations portuaires, oléoducs, gazoducs, bases aériennes... Il est vrai qu’avant 1914 ces réalisations étaient le fruit d’un travail forcé qui a coûté bien des vies humaines.n La santé publique : hôpitaux, dispensaires, campagnes de vaccinations...n’ont pas peu contribué à favoriser l’explosion démographique de la seconde moitié du siècle.
  • L’instruction : la scolarisation a été une préoccupation (parfois maladroite : « Nos ancêtres les Gaulois...» est un propos qui pouvait laisser perplexes les petits Algériens ou Sénégalais...) surtout au XXe siècle. Dans l’empire français, on remarque que, même après 1905, la République a accepté le concours des pères blancs !
    Si le nombre des analphabètes reste stable depuis les années 1950, c’est à cause de la très forte croissance démographique qui a posé et pose encore aux jeunes Etats un redoutable défi. Sur place (Fehrat Abbas en Algérie, Ho Chi Minh en Indochine) ou en métropole (Senghor à Louis-le-Grand et en Sorbonne, Nehru, à Harrow, Cambridge et Londres) ont été instruits les premiers cadres de l’indépendance. Et les langues - française ou anglaise - se révèlent être encore aujourd’hui un indispensable instrument de communication à l’intérieur de certains états (avec 855 langues et dialectes en Inde, comment, sans l’anglais, les députés pourraient-ils se comprendre ?).
  • Les colonisateurs ont introduit dans les colonies des pratiques constitutionnelles inspirées des formules européennes, et plus ou moins bien assimilées (le parti unique a plus de succès que la démocratie pluraliste).
  • Enfin ces colonisateurs ont contribué à créer une conscience nationale :
    - soit renaissance d’une conscience antérieure à la période coloniale (Maroc, Tunisie, Vietnam...),
    - soit naissance d’une nation : Inde (et non plus Indes), ou Algérie, qui n’était pas une unité territoriale et nationale avant la conquête française.

(1) Marc Ferro, « l’Orgueil de l’Empire » L’Histoire n° 69, 1984, page 127.