| Le Rwanda est peuplé par des Hutus
qui représentent 80 % de la population, et par des Tutsis minoritaires qui représentent
15 % de la population. Depuis 1973, le
pouvoir est détenu par les Hutus, qui depuis 1990 combattent le FPR (Front Patriotique
Rwandais) dominé par les tutsis, dans une lutte sans merci.
Les massacres ont donc commencé bien avant avril
94, organisés par les FAR (Forces Armées Rwandaises) contre lopposition armée
tutsie du FPR. Ils nont donc jamais résulté dun quelconque « mouvement
spontané » de population.
Début avril 94 se trouvent au Rwanda 2500 Casques
Bleus, chargés par la résolution de lONU numéro 872 du 5 octobre 1993 de «
contribuer à la sécurité de Kigali » et de faire respecter un cessez le feu signé
lété précédent entre les rebelles du FPR et les forces gouvernementales (FAR).
Les Casques Bleus nayant le droit de tirer
quen situation dautodéfense, leur mandat devient rapidement inadapté. En
effet, en quelques jours, tous les démocrates hutus et tous les Tutsis sont pourchassés
et assassinés à la fois par larmée gouvernementale hutue et par la population
hutue fanatisée par les appels au meurtre lancés à la radio.
Pendant que Kigali est à feu et à sang, le
conseil de sécurité de lONU se demande comment faire pour évacuer les étrangers.
Le secrétaire général propose même une modification du mandat des Casques Bleus, afin
de leur donner le pouvoir « dutiliser la force pour instaurer la paix » et
darrêter le massacre. En vain. Finalement ne resteront sur place que 300 Casques
Bleus, pendant que les atrocités se poursuivent.
Le gouvernement, jouant sur la peur inspirée par
le FPR, invite les Hutus à se réfugier au Zaïre. Partout, dans les collines du Rwanda
qui tombent sous les coups de boutoir du FPR, ce sont les Forces Armées Rwandaises qui
donnent le signal de lexode aux populations, en même temps quelles prennent
la fuite.
Rester au pays devient alors un acte de complicité
avec lennemi tutsi.Les dirigeants hutus ayant décidé que le FPR ne « devait
régner que sur la brousse et les animaux », pas question de laisser sur place une
population qui donnerait une certaine légitimité à un Etat dirigé par les Tutsis.
Les réfugiés deviennent les otages dun
gouvernement en exil. Ainsi, ceux en âge de combattre qui auraient une petite velléité
de retourner au pays sont-ils finalement découragés par les FAR et les milices armées
qui quadrillent les camps de réfugiés.
Entre avril et juin 1994, on pense que les
assassinats de Tutsis et de Hutus modérés ont fait plus de quatre cent mille morts, soit
le plus grand massacre de cette fin de siècle.
Le Rwanda, pays démuni, aura les pires
difficultés à surmonter un tel traumatisme parce quil ne possède pas un système
judiciaire capable de faire la lumière sur les responsabilités du génocide, et que le
parti aujourdhui au pouvoir est traversé de nombreux courants, les uns
extrémistes, les autres modérés. Les défenseurs dune justice indépendante du
pouvoir politique se heurtent aux radicaux qui réclament vengeance contre ceux qui ont
découpé les leurs à la machette.
Juges et administrateurs sont encore loin
davoir gagné la partie, et on peut encore craindre bien des morts car les soldats
du FPR qui ont arrêté le génocide en 1994, sèment maintenant la terreur parmi les
populations des collines. |