| La notion de « minorité » doit
être définie à laide de considérations socio-politiques, dont la première est
dordre communautaire. Cest
lélément essentiel ; en effet il ny a minorité nationale que si les membres
dun groupe possèdent en propre certaines caractéristiques qui les distinguent du
reste de la communauté.
Le deuxième élément est quantitatif : le groupe
minoritaire doit comporter suffisamment de membres pour quil sagisse dun
groupe dimportance nationale (sans quoi il est question dune communauté).
Il faut cependant que le groupe soit nettement
moins important que le reste de la population afin que celle-ci se trouve en position de
force : cela seul rend possible loppression qui est inhérente à tout phénomène
minoritaire.
Dautre part, la répartition géographique de
la minorité nest pas uniforme sur le territoire national : la minorité peut être
majoritaire en certains lieux, ce qui la met en position de force et engendre des
situations de fortes tensions (la répartition des catholiques et des protestants en
Irlande du Nord est typique de ce genre de situation).
À ces deux éléments matériels, sen ajoute
un autre dordre psychologique : la conscience de minorité.
Sartre a bien montré dans ses Réflexions sur la
question juive quil ny avait de question juive que dans la mesure où les
Juifs avaient un comportement de minorité : il nexiste en effet pas de minorité
sans conscience delle-même.
Cependant cette démarche doit être réciproque
car non seulement la minorité doit se considérer comme telle, mais elle doit être
traitée comme telle par la majorité. Cest la base du quatrième élément
danalyse de la notion de minorité : loppression.
Toute minorité nexiste en tant que telle que
si elle est opprimée.
Par exemple en France, les Basques, les Catalans ou
les Corses sont des ethnies possédant des caractéristiques propres, qui en sont
conscientes, mais non des minorités.
Il faut cependant nuancer ce concept
doppression car si le groupe minoritaire véhicule une très forte conscience de
minorité, le sentiment de loppression peut se substituer à une oppression
matériellement réalisée (cest en France le cas manifesté par certains groupes
bretons ou corses).
Pourtant le développement dune situation de
minorité nationale ne peut exister quà travers une oppression objective se
manifestant autour de causes sociales, juridiques et économiques.
- Au plan social, on peut assister à une
ségrégation dans le domaine de lemploi ou du logement (en Irlande du Nord, les
postes de travail et les appartements vacants sont réservés en priorité aux
protestants).
- Au plan juridique, on peut assister à une
discrimination politique (en Irlande du Nord, il faut pour pouvoir élire les députés,
résider depuis sept ans au même endroit, ce qui élimine de fait les chômeurs et les
mal-logés, cest-à-dire essentiellement les catholiques).
- Au plan économique, on constate que la situation
des minorités par rapport au système de production et déchange est toujours
particulière : défavorisée en Irlande du Nord où les catholiques occupent le rang des
salariés du plus bas niveau, favorisée en Indonésie où la minorité chinoise
persécutée a une place prépondérante dans le commerce.
Ce versant économique est peut-être
lélément fondamental permettant à la fois de définir le concept de minorité
nationale, et de concevoir de possibles issues au problème.
En effet, le passage du groupe numériquement
minoritaire à celui de minorité opprimée sest fait le plus souvent par la voie de
lexploitation économique.
Dès lors, sengager dans la voie de la
libération économique dun groupe minoritaire, cest dune part éviter
de senfermer dans le faux dilemme de latomisation ou de lassimilation
par la force, et dautre part aller vers lintégration économique et à terme
vers lassimilation politique.
Cette assimilation, venant en conséquence de la
libération économique aurait un double mérite : ce ne serait pas une assimilation
forcée, et ce ne serait pas nécessairement une uniformisation. |