Pourquoi Sarah a-t-elle été condamnée à mort PTINTERO.gif (1122 octets)

 

En 1994, Sarah Balabagan a été condamnée à mort dans les Émirats Arabes Unis pour le meurtre de son employeur qui l’avait violée.
Âgée de 16 ans, cette jeune Philippine fait partie des milliers de jeunes asiatiques qui vivent au Proche Orient un calvaire quotidien. Venues pour y être employées de maison, beaucoup sont réduites en servitude, sur une nouvelle route de l’esclavage.

pipo3.gif (43 octets)

C’est souvent dans leur pays d’origine que commence le calvaire de ces jeunes filles. Âgée de 15 ans quand elle a quitté son foyer, Sarah Balabagan n’aurait jamais dû partir puisque l’âge minimum requis par le gouvernement philippin pour l’expatriation des femmes est de 25 ans. Mais quoi de plus facile pour un agent recruteur que de falsifier un passeport, surtout quand l’intéressée est consentante, et même parfois prête à payer pour partir.

La fraude commence donc le plus souvent par la signature des contrats rédigés dans une langue que l’employée ne connaît pas et dans des termes incompréhensibles pour des gens qui savent à peine lire et écrire.

La famille qui recrute ainsi une « employée de maison » (sur catalogue, avec photos à l’appui, comme on choisit un meuble ou un vêtement) est théoriquement responsable d’elle. Le plus souvent le premier geste de la famille d’accueil est de retirer son passeport à l’employée, désormais à la merci de l’employeur.

Totalement isolée, ne sortant jamais seule, ayant interdiction de communiquer avec quiconque, parfois sans argent (certains employeurs ne versent les salaires qu’en fin de contrat), la jeune fille ne peut même plus se libérer de son employeur :les journaux des pays du Golfe publient régulièrement les photos d’employées en fuite, mettant en garde toute personne qui voudrait les faire travailler.

Responsables de leur employée, les patrons sont tenus pendant la durée du contrat de leur assurer, outre un salaire, la nourriture, un logement décent et les soins médicaux indispensables. En fait de logement décent, beaucoup ne disposent pour dormir que d’une soupente et ne peuvent jamais jouir d’un minimum de vie privée. La plupart arrive avec peu de vêtements et beaucoup grelottent l’hiver dans leur robe légère.

Les échecs nombreux et souvent dramatiques ne sauraient toutefois faire oublier les cas de réussite. Certaines familles traitent honorablement leurs employées de maison.

Mais sans l’instauration d’une véritable protection légale passant par des accords de gouvernement à gouvernement, sans une chasse sévère aux négriers qui font fortune dans le trafic de main-d'oeuvre bon marché, et surtout sans l’amélioration de la situation économique des pays d’émigration (ici majoritairement les Philippines et le Sri-Lanka), on voit mal comment la situation pourrait s’améliorer. Pour longtemps encore, l’expatriation, seul moyen de survie pour beaucoup, relèvera de la loterie.Quant à Sarah, après sa condamnation à mort, elle a été rejugée en appel sous la pression internationale de nombreux comités de soutien.

Le 23 octobre 1995, la Cour d’appel d’Al Aïn a rendu son verdict : Sarah a été condamnée à recevoir cent coups de bâton et à un an d’emprisonnement.Elle a aujourd’hui regagné son pays.