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Cest souvent dans leur pays
dorigine que commence le calvaire de ces jeunes filles. Âgée de 15 ans quand elle
a quitté son foyer, Sarah Balabagan naurait jamais dû partir puisque lâge
minimum requis par le gouvernement philippin pour lexpatriation des femmes est de 25
ans. Mais quoi de plus facile pour un agent recruteur que de falsifier un passeport,
surtout quand lintéressée est consentante, et même parfois prête à payer pour
partir. La fraude commence donc le plus
souvent par la signature des contrats rédigés dans une langue que lemployée ne
connaît pas et dans des termes incompréhensibles pour des gens qui savent à peine lire
et écrire.
La famille qui recrute ainsi une « employée de
maison » (sur catalogue, avec photos à lappui, comme on choisit un meuble ou un
vêtement) est théoriquement responsable delle. Le plus souvent le premier geste de
la famille daccueil est de retirer son passeport à lemployée, désormais à
la merci de lemployeur.
Totalement isolée, ne sortant jamais seule, ayant
interdiction de communiquer avec quiconque, parfois sans argent (certains employeurs ne
versent les salaires quen fin de contrat), la jeune fille ne peut même plus se
libérer de son employeur :les journaux des pays du Golfe publient régulièrement les
photos demployées en fuite, mettant en garde toute personne qui voudrait les faire
travailler.
Responsables de leur employée, les patrons sont
tenus pendant la durée du contrat de leur assurer, outre un salaire, la nourriture, un
logement décent et les soins médicaux indispensables. En fait de logement décent,
beaucoup ne disposent pour dormir que dune soupente et ne peuvent jamais jouir
dun minimum de vie privée. La plupart arrive avec peu de vêtements et beaucoup
grelottent lhiver dans leur robe légère.
Les échecs nombreux et souvent dramatiques ne
sauraient toutefois faire oublier les cas de réussite. Certaines familles traitent
honorablement leurs employées de maison.
Mais sans linstauration dune véritable
protection légale passant par des accords de gouvernement à gouvernement, sans une
chasse sévère aux négriers qui font fortune dans le trafic de main-d'oeuvre bon
marché, et surtout sans lamélioration de la situation économique des pays
démigration (ici majoritairement les Philippines et le Sri-Lanka), on voit mal
comment la situation pourrait saméliorer. Pour longtemps encore,
lexpatriation, seul moyen de survie pour beaucoup, relèvera de la loterie.Quant à
Sarah, après sa condamnation à mort, elle a été rejugée en appel sous la pression
internationale de nombreux comités de soutien.
Le 23 octobre 1995, la Cour dappel dAl
Aïn a rendu son verdict : Sarah a été condamnée à recevoir cent coups de bâton et à
un an demprisonnement.Elle a aujourdhui regagné son pays. |