| Jusquà la fin du XIXe siècle,
léducation des filles est laissée à la famille et à lÉglise. Il
sagissait, alors, de former des épouses et des mères, rôles sociaux « naturels
» pour les femmes : leur domaine était celui de la pratique et des savoirs pratiques. En 1833, la loi Guizot sur lenseignement primaire ne
concerne que les garçons. Les filles sont « oubliées ».
Un décret de 1836, puis la loi Falloux en 1850
donnent aux filles laccès à lenseignement primaire public, la loi Duruy en
1867 aux cours secondaires et en 1880 la loi Camille Sée crée lenseignement
secondaire laïque pour les filles où sont absentes les matières nobles indispensables
pour passer le baccalauréat et entrer à luniversité : le latin, le grec, la
philosophie, les sciences (mathématiques et physique).
En 1919, est créé un baccalauréat féminin.
Légalité est loin dêtre réalisée :
si les filles sont scolarisées, leur instruction est différente de celle des garçons et
inférieure à elle.
Lunification des programmes scolaires dans le
secondaire, en 1924, entraîne léquivalence des baccalauréats masculin et
féminin. Il y aura en 1971 autant de filles que de garçons qui réussiront au bac.
Depuis 1975, tous les enseignements et toutes les
formations sont mixtes dans tous les établissements publics.
À la fin du XXe siècle, légalité scolaire
semble être réalisée : mixité, mêmes programmes, mêmes diplômes. Les filles ont
accès à tous les savoirs y compris les plus théoriques et les plus savants.
Aujourdhui, les filles réussissent
scolairement mieux que les garçons,elles redoublent moins, ont un meilleur taux de
réussite au baccalauréat (57 %), fréquentent plus les universités.
Cest en terme de trajectoire que subsistent
les différences. Aux garçons les filières nobles : mathématiques, scientifiques et
techniques débouchant sur des emplois bien rémunérés et sur les postes de
responsabilité. Aux filles, les filières littéraires et tertiaires, saturées et peu «
rentables ».
Dans lenseignement supérieur, on trouve,
dans le cursus scientifique, 65 % de garçons, dans le cursus littéraire, 71 % de filles.
Si nexistent plus, théoriquement,
dinterdits au niveau du choix des filières, ils subsistent de fait. Le système
éducatif actuel reproduit la division sexuelle des savoirs.Lextrême féminisation
des métiers de lenseignement et de léducation véhicule la vieille idée que
certaines fonctions sont dévolues aux femmes au nom de linné.Les femmes sont
dautant plus nombreuses dans lenseignement que lâge des élèves (et le
salaire...) est bas (primaire-secondaire) : 78 % des instituteurs, 70 % des professeurs de
lettres sont des femmes ; 80 % des professeurs du technique dans le secondaire, 90 % des
professeurs duniversité sont des hommes, (source INSEE).
Dans les fonctions administratives, leur nombre décroît à mesure que lon
sélève dans la hiérarchie, moins de 10 % dans le personnel de direction de
ladministration centrale et moins de 20 % dans les corps de ladministration
régionale et de linspection.
Lécole reproduit largement les rapports
sociaux fondés sur la domination de lhomme sur la femme.
Les programmes scolaires sont conçus en fonction
des activités, des expériences et des productions masculines.
De la même façon, les manuels scolaires écrits
à plus de 80 % par des hommes,les pratiques pédagogiques, les rapports implicites au
savoir, continuent-ils à perpétuer une image inégalitaire et sexiste des rapports
hommes-femmes et ce, malgré la circulaire du 22 juillet 1984 qui donne pour mission à
lécole de « lutter contre les préjugés sexistes ». Il est vrai quune
circulaire na pas limpact concret dun texte de programme.
Le rapport de lécole publique au sexisme est
empreint dambiguïté et de contradiction : dune part, elle tend à reproduire
les rapports inégaux entre les sexes, de lautre, elle donne les moyens aux femmes,
en les instruisant, en leur donnant, de droit, accès à toutes les filières,
dabolir la situation existante.
La politique dégalité des chances à
lécole, repose sur la prise de conscience des acteurs sociaux : si la lutte contre
le racisme et les inégalités sociales remportent un large consensus, il nen est
pas de même de celle contre le sexisme, question toujours taboue bien quinscrite
dans le droit français. |