| Après des études de médecine,
Taslima Nasreen exerce comme gynécologue à partir de 1986. Issue dune famille aisée et cultivée, elle est très
vite attirée par lécriture et publie son premier poème à 14 ans, sans pour
autant penser à devenir écrivain.
Cest pour dénoncer le sort des femmes
asservies de son pays quelle va publier en 1990 des chroniques dans plusieurs
journaux, des poèmes et ses premiers récits. Dans sa critique de lorganisation
patriarcale de la société bangladaise,Taslima Nasreen met en cause le rôle des
religions dans la soumission de la femme à lhomme.
Bien entendu, elle dérange, et sous la pression
des fondamentalistes,le gouvernement lui retire son passeport alors quelle devait se
rendre à un festival de poésie à Calcutta.
En signe de protestation, elle démissionne de
lhôpital public où elle exerçait.
À la suite daffrontements religieux entre
musulmans et hindous quelle vit comme « une infamie », Taslima Nasreen publie en
1992 un roman intitulé Lajja (la honte) qui connaît un certain succès populaire (les
trois quarts de la population adulte du Bangladesh sont illettrés). Le livre est traduit
en anglais et dans les principales langues de lInde.
Du côté des fondamentalistes musulmans, la
colère est immense ; le livre est dénoncé comme « blasphématoire » et « présentant
une image sciemment déformée du pays ».
Au lieu de sen prendre aux fauteurs de
troubles, le gouvernement bangladais décide dinterdire la vente de Lajja pour «
incitation à la haine interconfessionnelle ».
Le 24 septembre 1993, un groupe fondamentaliste (le
Conseil des soldats de lislam) émet une fatwa appelant au « meurtre de
limpie » Taslima Nasreen. Une prime de 8000 francs (somme considérable au
Bangladesh) est offerte à qui lassassinera.
Taslima Nasreen obtient cependant de son
gouvernement une protection policière (deux policiers devant son immeuble), mais les
auteurs de la fatwa ne sont pas poursuivis.
Cependant, le ton monte : manifestations
dintégristes, et Taslima Nasreen qui ne plie pas et publie de nouveaux articles et
deux nouveaux romans.
De fausses interprétations sont données à ses
écrits : en particulier, on lui prête lopinion que le Coran devrait être
révisé, point de vue qui nest évidemment pas le sien. Elle est présentée comme
un agent du parti des fondamentalistes hindous, puis comme un « agent des fous
impérialistes ».
Cédant à la pression intégriste, le gouvernement
va lancer un mandat darrêt contre Taslima Nasreen pour « avoir délibérément
heurté les sentiments religieux dune partie de la population ».
Pour échapper à larrestation, Taslima
Nasreen se cache, pendant que des manifestations réunissent de plus en plus de
participants (100 000 personnes le29 juillet 1994 scandent « À mort Nasreen »).
Comme aux enchères, la prime offerte à
lassassin monte à 15 000 francs.
Au Bangladesh, peu nombreux sont ceux qui vont
prendre ouvertement sa défense.
La campagne internationale menée en sa faveur va
cependant porter ses fruits :le 10 août 1994, Taslima Nasreen est autorisée à quitter
son pays, et senvole pour la Suède.
En 1995, son procès est repoussé.
Elle vit désormais à Berlin.
Le personnage de Taslima Nasreen est contesté,
comme défenseur des droits de la Femme bangladaise et comme écrivain.
En effet, certaines lui reprochent ses critiques à
lencontre du gouvernement bangladais et laccusent davoir caricaturé la
situation des femmes dans son pays.
Quant à son talent décrivain, voici ce
quelle répond à ceux qui lui reprochent de ne pas se préoccuper de bien écrire :
« Il y a beaucoup de gens qui font de la littérature ; aussi je crois que je dois
utiliser la littérature comme un moyen pour transmettre un message, pour dire quelque
chose de plus ».
Dans ce milieu, il est vrai quêtre femme,
athée, et écrivain, est une situation difficile à assumer. |