| Le premier obstacle dordre
culturel fait référence au rôle de la femme comme mère. Jusquà un passé
récent, les pays du Maghreb connaissaient des taux de natalité parmi les plus élevés
du monde, car la femme doit, dans le système patriarcal maghrébin, se consacrer avant
tout à sa fonction de mère. (En Algérie on se marie de plus en plus tard (24 ans) mais
les femmes ont encore 4,4 enfants en moyenne). Cette fécondité « obligée » menace sa
santé et entrave sa liberté. La culture
patriarcale se trouve dautre part renforcée par leffet dune religion,
lislam, qui, interprétée de façon très rigoriste, voire intégriste, justifie en
la sacralisant la domination des hommes sur les femmes.
De plus, cette idéologie patriarcale et religieuse
se trouve souvent ressentie comme identitaire du Maghreb, et dans bien des cas les
maghrébins ont réagi par un attachement sans faille à ces valeurs.
Cette culture musulmane souvent bafouée dans
lhistoire, surtout par la colonisation, est devenue par un effet de conservatisme et
de résistance une sorte de défense communautaire.
Aujourdhui aucun État du Maghreb nest
laïque : lislam est religion dÉtat. Les droits y sont donc établis selon la
charia, en particulier dans le domaine qui définit les rapports entre hommes et
femmes.
Ils représentent lun des derniers bastions
des conservatismes puisque lensemble des autres structures de la société ont été
profondément modifiées (structures économiques et politiques essentiellement), de sorte
que ce domaine de la vie familiale, cristallisée autour des femmes, est devenu un pôle
identitaire.
Cest le dernier refuge dans lequel les hommes
peuvent encore trouver leur dignitéet exercer leur autorité, puisque tant dans les
sociétés patriarcales que dans lislam, la place des femmes est subordonnée à
lautorité masculine « Les hommes ont sur elles une prééminence » (Coran,
Sourate II, verset 228).
Les hommes sont tenus de prendre totalement en
charge les femmes de la famille. Ils en sont totalement incapables lorsquils doivent
faire face à de très grandes difficultés économiques liées au chômage, à la
pauvreté, à lexode rural.
Cest ainsi que lhomme maghrébin «
moyen » peut se trouver confronté à lhumiliation avec des problèmes
psychologiques dimage personnelle dévalorisée et de perte destime de soi.
Le troisième obstacle à une rapide émancipation
féminine est dordre économique.
Les femmes ont en effet peu de chances de se voir
proposer un travail non domestique dans des pays qui connaissent de forts taux de
chômage.
Dans ces conditions, les pouvoirs politiques
connaissent la tentation de ne rien faire pour favoriser lentrée des femmes dans la
vie économique (en Algérie on compte moins de 5 % de femmes actives).
On le voit, le chemin qui reste à parcourir vers
légalité entre les sexes est encore long.
Les hommes sont peu disposés à partager les
rôles qui leur étaient jusque là réservés, à accepter de voir les femmes sortir de
la sphère privée où elles étaient confinées, à partager avec elles emplois,
responsabilités et pouvoir. |