| La crise économique, la montée des
intégrismes religieux, de lintolérance font régresser partout le statut de la
femme. Le concept même des droits de lHomme est sujet à interprétations
divergentes, voire la notion de genre humain récusée. À la notion dégalité,
certains États préfèrent celle déquité, plus équivoque car renvoyant au
sacro-saint droit naturel. La 4e conférence
mondiale sur les femmes organisée par les Nations Unies en septembre 1995 à Pékin,
avait pour objectif délaborer un programme daction non contraignant pour les
États signataires et de nouvelles règles dans les secteurs clefs concernant la vie
professionnelle et sociale des femmes du 3e millénaire.
Cest après onze jours de négociations
qua pu être élaborée une déclaration commune préservant lessentiel :
légalité des droits des femmes et des hommes.
La déclaration reconnaît que « les droits des
femmes sont partie intégrante et indivisible de tous les droits humains et des libertés
fondamentales dans lesprit de la Déclaration universelle des droits de lHomme
et des conventions internationales ».
Le programme daction engage les États
signataires de façon non contraignante à :
1. respecter et promouvoir les
droits des femmes en tant que partie intégrante des droits de la personne humaine ;
2. reconnaître le droit égal à lhéritage ;
3. promouvoir la participation égale des hommes et des femmes dans la
vie politique et la prise de décision ;
4. favoriser laccès des femmes aux finances et au crédit ;
5. respecter les droits des femmes à une sexualité et à une
procréation choisie et consentie sans coercition ni violence avec accès à la
planification familiale ;
6. interdire les mutilations génitales ;
7. respecter les droits des adolescentes à une information sur la
sexualité et les maladies sexuellement transmissibles en toute confidentialité, tout en
reconnaissant le rôle et les droits des parents dans ce domaine ;
8. assurer laccès de toutes à des services élémentaires
(éducation, santé...) ;
9. lutter contre la féminisation de la pauvreté et améliorer la
condition sociale des femmes défavorisées.
Le texte élaboré est un subtil compromis entre
tendances conservatrices et libérales.
En effet deux points (surtout) font lobjet
dâpres négociations :
- le droit à lhéritage sil permet à la
plupart des États africains de reconnaître enfin ce droit aux filles permet aussi aux
États musulmans dappliquer la loi coranique qui donne aux filles la moitié de ce
que reçoit un garçon : le « droit égal dhériter » nétant pas «
légalité devant lhéritage ».
- « le droit en matière de sexualité ».
Cest la première fois que ce point est
évoqué au sein des Nations Unies, cristallisant tous les conflits.
Cest surtout autour de la liberté de
décision des femmes en matière de procréation que les voix officielles de la
chrétienté et de lislam, et les régimes les plus répressifs de la planète se
sont ligués en une paradoxale unanimité, visant à supprimer pour les femmes le droit
fondamental à disposer de leur corps : les premiers interdisant lavortement et la
régulation des naissances, les seconds obligeant les femmes à sy soumettre.
Plus de 40 États ont émis des réserves quant à
la reconnaissance des droits sexuels des femmes comme droits humains fondamentaux.
Peut-on qualifier duniversels ces droits qui
excluent plus de la moitié du genre humain ?
La conférence de Pékin met en lumière
limposture intellectuelle et politique qui affirme que les droits de lHomme
incluent ceux de la Femme. |