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Le droit à l’information constitue une des libertés publiques fondamentales et la qualité des informations fournies par les médias est déterminante dans l’exercice d’une vraie démocratie.Pourtant, les risques de désinformation sont immenses et doivent être sérieusement prévenus aussi bien dans les textes écrits ou parlés que dans les images.

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1. La désinformation par manipulation d’un document écrit : le cas de la « Dépêche d’Ems ».
Ainsi l’histoire désigne-t-elle les informations télégraphiées à Bismarck, le13 juillet 1870 par le conseiller Aleken de la part du roi de Prusse, Guillaume Ier qui faisait une cure aux eaux thermales d’Ems (Hesse). Elles relataient simplement la démarche faite par l’Ambassadeur français, Benedetti, auprès du Roi de Prusse, pour obtenir de lui l’engagement de ne plus soutenir à l’avenir la candidature des Hohenzollern au trône d’Espagne. Guillaume Ier refusa amicalement mais fermement. Les Ministres Bismarck, Roon et Moltke qui désiraient vivement provoquer un conflit avec la France de Napoléon III, afin d’achever l’unité allemande, communiquèrent à la presse une version tronquée qui tendait à présenter l’attitude du Roi de Prusse comme injurieuse pour la France et qui devait contraindre moralement celle-ci à lui déclarer la guerre. C’est malheureusement ce qui arriva avec les conséquences désastreuses que l’on sait pour le Second Empire et pour la France.

« Si de telles mésaventures publiques ou privées rendent prudent et donnent aisément des habitudes de scepticisme méthodique à l’égard de la parole ou de l’imprimé, on reste bien souvent habité d’une foi naïve devant ce qu’on croit être la vérité inattaquable de l’image. Le philosophe et journaliste Jean François Revel en a parfaitement analysé et décrit le phénomène : l’image ne donne-t-elle pas le sentiment d’assister à l’événement tel qu’il se déroule ou s’est déroulé ? On ne soupçonne guère que le document visuel ou sonore, censément brut  (photo, film, reportage télévisé, témoignage parlé, bruits variés) se prête, tout comme les sources écrites, au truquage, au montage, à la sélection tendancieuse, à la juxtaposition fallacieuse, au remaniement, aux ajouts, à l’élimination d’une partie des éléments de tableau, voire à la recomposition, pure et simple, qui peut aller jusqu’à l’invention et à la mise en scène intégrale d’un prétendu fait ». (Préface : Les photos truquées, un siècle de propagande par l’image de Gérard le Marec, Atlas, Paris, 1985).

Les exemples de tels truquages à des fins de propagande ou de contre-propagande sont très nombreux : l’effet des médias sur les individus, simples particuliers, ou hommes politiques influents, est déterminant, notamment dans les démocraties qui reposent par définition sur les réactions de ceux qui forment le peuple souverain.

2. Désinformation par la simple manipulation de la légende qui accompagne une photo de presse : un des cas les plus célèbres est celui d’une carte postale montrant Raymond Poincaré, ancien Président de la République Française pendant la guerre de 14-18, lors d’une visite qu’il avait faite dans un des cimetières militaires de Verdun, le 4 juin 1922, en qualité de Président du Conseil. Tête nue sous un soleil ardent, tenant à la main gauche son chapeau, gêné par la lumière intense qui lui arrivait droit dans les yeux, Poincaré esquisse une grimace qui ressemble à un sourire. Il n’en fallut pas davantage à certains de ses adversaires politiques pour le dénoncer dans la presse d’opposition comme « l’homme qui rit dans les cimetières », ce qui lui causa un tort considérable malgré ses protestations indignées.

3. Désinformation par mise en scène mensongère à la télévision.
Particulièrement utilisée pendant les crises politiques pour manipuler les réactions du public, nous en avons vu des exemples caractéristiques en décembre 1989 lors de la chute du régime Ceausescu en Roumanie, notamment les charniers de Timisoara dont on découvrit la supercherie quelques jours plus tard, ou à l’occasion de la guerre du Golfe Arabo-Persique en octobre 1990.
Si la manipulation venant des services d’information roumains, en plein remaniement, ne doit pas étonner, celle qu’effectuèrent les services américains au cours des premiers mois de la guerre du Koweit, est d’autant plus troublante, voire inquiétante, que ces mêmes services avaient fait preuve d’une franchise totale vis à vis de la presse au cours des pires opérations de la guerre du Vietnam, poussant la liberté d’information jusqu’aux limites les plus inattendues de l’avis même des observateurs les plus critiques (Émission Géopolis sur F2, le 17 mai 1996 : « De l’influence géopolitique des médias »). Rappelons par exemple les fameux documents du massacre de My-lai le 16 mars 1968, les enfants de Trang Bang fuyant tout nus les bombardements au napalm en juin 1972 ou l’extraordinaire panique de la chute de Saïgon en avril 1975. Or le 10 octobre 1990, les services d’information américains montrèrent longuement la déposition émue d’une jeune infirmière du Koweit expliquant à la commission des droits de l’Homme de l’O.N.U comment devant ses yeux, les soudards irakiens de Saddam Hussein avaient massacré 372 bébés dans une maternité de Koweit City le 2 août précédent. L’affaire eut un retentissement immense et l’effort de guerre américain sous le contrôle de l’O.N.U s’en trouva accéléré. Il était trop tard pour revenir en arrière lorsqu’on apprit quelques semaines plus tard que la prétendue infirmière n’était que la fille de l’Ambassadeur du Koweit à Washington, collégienne de 15 ans aux États-Unis et membre de la famille royale de l’émirat. La désinformation avait bien fonctionné !