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Genèse.
Les origines du système des Castes se perdent dans la nuit des temps de la cosmogonie
hindoue. Après lexplosion du « grand corps cosmique » originel, racontent les
Traités de la disposition naturelle des choses et surtout les plus vieux hymnes védiques
(Rgveda), la bouche de lhomme cosmique devint le brâhmane (prêtre), ses bras
donnèrent le kshatriya (guerrier), ses cuisses le vashya (commerçant) et, de ses pieds,
naquit le sudra (serviteur). Doù la division du monde, selon les Hindous, en quatre
classes ou Varnas, trois supérieures, considérées comme pures, les prêtres, les
guerriers et les commerçants, une quatrième, celle des serviteurs, qui a pour rôle
dexercer librement les métiers (artisans, ouvriers) au service des trois castes
précédentes, « deux fois nées » (Dvija). Curieusement, « en dehors » de ces quatre
catégories mais faisant globalement partie du système, se trouvent les « intouchables
», groupes au degré maximal dimpureté, exclus des classes principales, mais
indispensables à la vie de tous, dans les occupations les plus polluantes : à eux
dassurer le balayage, lenlèvement des cadavres ou des excréments humains.
Ils peuvent être non végétariens, contrairement aux Hindous orthodoxes des quatre
grandes castes, et les pêcheurs se recrutent chez les intouchables.Interdits.
Jadis la simple vue dun intouchable pouvait entraîner chez les castes
supérieurs des rites complexes de purification, lombre même de leur corps ne
devait pas frôler le corps des autres mieux nés. De nos jours encore, malgré la clarté
de la législation à lencontre du système de castes, aucun paria nirait
puiser de leau du puits dun Indien « deux fois né », pas plus quil
nentrerait dans son temple ou son école.Des incidents sont toujours signalés,
liés au brassage des hommes par la nécessité des conditions de la vie moderne, tel cet
avion dAir-India cloué au sol par la simple présence dun intouchable, parmi
les passagers.
Législation.
« Tous les hommes sont frères » écrivait Gandhi. Son action en faveur de ceux
quil nommait Harijans (enfants de Hari, cest-à-dire de Dieu) a permis
lintroduction dans la Constitution de la Fédération Indienne des mesures
supprimant lintouchabilité.En 1955 un acte fut promulgué qui prévoyait des
mesures pénales contre quiconque empêcherait un harijan dexercer ses droits
religieux, professionnels ou sociaux.On a pu voir ensuite, dans le plus grand État de
lInde, lUttar Pradesh, le parti politique des intouchables (Bahujan Samay
Party) parvenir au pouvoir et sy maintenir un an et demi. Ce succès facilita
limplantation de hauts fonctionnaires intouchables dans lUttar Pradesh. La loi
indienne favorisait de telles mesures en accordant un quota réservé de 24,5 % des postes
à pourvoir dans la fonction publique, les collèges et les Universités, aux parias. En
novembre 1992 la Cour Suprême Indienne faisait accorder un quota analogue à la
quatrième caste. De ce fait près de la moitié des nominations dans la fonction publique
devraient concerner des représentants des castes inférieures qui constituent les deux
tiers de limmense population de lInde.
Révolution sociale inéluctable ? Dans les faits
il suffit de lire les petites annonces du « Hindustan Times », lancien « Times of
India » de la colonisation britannique, chaque dimanche, pour noter que telle « jeune
fille kshatriya (caste des guerriers) très blanche de peau cherche fiancé de même caste
et de niveau universitaire équivalent ». Les mariages arrangés « pour la pureté des
castes » sont de loin la majorité.
Ce que lapplication des mesures légales a du
mal à approcher, laction clandestine peut-elle lobtenir ? Il existe plusieurs
« armées des opprimés » rêvant de grands soirs, dirigées par des chefs
prophétiques, souvent dorigine brahmanique. Lun deux, le mystérieux «
Docteur Sharma » déclarait au correspondant du journal Le Monde (30 avril 1996)
quil existe en Inde deux Constitutions parallèles, lune est démocratique en
soi, elle est censée profiter à tout le monde. Lautre, la vraie,la seule qui
compte, ne profite quaux puissants des hautes castes. LInde indépendante
na rien changé, ce sont toujours les mêmes qui sont opprimés et les mêmes qui
ont le pouvoir de largent ».
En fait les esprits restent trop routiniers, trop
particularistes. Malgré larsenal législatif et réglementaire qui na jamais
été aussi favorable, les partis représentant les basses castes et les intouchables sont
si divisés que leurs querelles augurent mal dun avenir qui aurait pu être radieux. |