Pourquoi existe-t-il en Inde des « intouchables » PTINTERO.gif (1122 octets)

 

La plus grande démocratie du monde, la République de l’Inde (près d’un milliard d’habitants) vit toujours au rythme d’une organisation sociale plusieurs fois millénaire qui entretient de profondes inégalités par son système de castes. 15 % de cette population constitue, de nos jours encore, une foule d’intouchables ou parias.

pipo3.gif (43 octets)

Genèse.
Les origines du système des Castes se perdent dans la nuit des temps de la cosmogonie hindoue. Après l’explosion du « grand corps cosmique » originel, racontent les Traités de la disposition naturelle des choses et surtout les plus vieux hymnes védiques (Rgveda), la bouche de l’homme cosmique devint le brâhmane (prêtre), ses bras donnèrent le kshatriya (guerrier), ses cuisses le vashya (commerçant) et, de ses pieds, naquit le sudra (serviteur). D’où la division du monde, selon les Hindous, en quatre classes ou Varnas, trois supérieures, considérées comme pures, les prêtres, les guerriers et les commerçants, une quatrième, celle des serviteurs, qui a pour rôle d’exercer librement les métiers (artisans, ouvriers) au service des trois castes précédentes, « deux fois nées » (Dvija). Curieusement, « en dehors » de ces quatre catégories mais faisant globalement partie du système, se trouvent les « intouchables », groupes au degré maximal d’impureté, exclus des classes principales, mais indispensables à la vie de tous, dans les occupations les plus polluantes : à eux d’assurer le balayage, l’enlèvement des cadavres ou des excréments humains. Ils peuvent être non végétariens, contrairement aux Hindous orthodoxes des quatre grandes castes, et les pêcheurs se recrutent chez les intouchables.

Interdits.
Jadis la simple vue d’un intouchable pouvait entraîner chez les castes supérieurs des rites complexes de purification, l’ombre même de leur corps ne devait pas frôler le corps des autres mieux nés. De nos jours encore, malgré la clarté de la législation à l’encontre du système de castes, aucun paria n’irait puiser de l’eau du puits d’un Indien « deux fois né », pas plus qu’il n’entrerait dans son temple ou son école.Des incidents sont toujours signalés, liés au brassage des hommes par la nécessité des conditions de la vie moderne, tel cet avion d’Air-India cloué au sol par la simple présence d’un intouchable, parmi les passagers.

Législation.
« Tous les hommes sont frères » écrivait Gandhi. Son action en faveur de ceux qu’il nommait Harijans (enfants de Hari, c’est-à-dire de Dieu) a permis l’introduction dans la Constitution de la Fédération Indienne des mesures supprimant l’intouchabilité.En 1955 un acte fut promulgué qui prévoyait des mesures pénales contre quiconque empêcherait un harijan d’exercer ses droits religieux, professionnels ou sociaux.On a pu voir ensuite, dans le plus grand État de l’Inde, l’Uttar Pradesh, le parti politique des intouchables (Bahujan Samay Party) parvenir au pouvoir et s’y maintenir un an et demi. Ce succès facilita l’implantation de hauts fonctionnaires intouchables dans l’Uttar Pradesh. La loi indienne favorisait de telles mesures en accordant un quota réservé de 24,5 % des postes à pourvoir dans la fonction publique, les collèges et les Universités, aux parias. En novembre 1992 la Cour Suprême Indienne faisait accorder un quota analogue à la quatrième caste. De ce fait près de la moitié des nominations dans la fonction publique devraient concerner des représentants des castes inférieures qui constituent les deux tiers de l’immense population de l’Inde.

Révolution sociale inéluctable ? Dans les faits il suffit de lire les petites annonces du « Hindustan Times », l’ancien « Times of India » de la colonisation britannique, chaque dimanche, pour noter que telle « jeune fille kshatriya (caste des guerriers) très blanche de peau cherche fiancé de même caste et de niveau universitaire équivalent ». Les mariages arrangés « pour la pureté des castes » sont de loin la majorité.

Ce que l’application des mesures légales a du mal à approcher, l’action clandestine peut-elle l’obtenir ? Il existe plusieurs « armées des opprimés » rêvant de grands soirs, dirigées par des chefs prophétiques, souvent d’origine brahmanique. L’un deux, le mystérieux « Docteur Sharma » déclarait au correspondant du journal Le Monde (30 avril 1996) qu’il existe en Inde deux Constitutions parallèles, l’une est démocratique en soi, elle est censée profiter à tout le monde. L’autre, la vraie,la seule qui compte, ne profite qu’aux puissants des hautes castes. L’Inde indépendante n’a rien changé, ce sont toujours les mêmes qui sont opprimés et les mêmes qui ont le pouvoir de l’argent ».

En fait les esprits restent trop routiniers, trop particularistes. Malgré l’arsenal législatif et réglementaire qui n’a jamais été aussi favorable, les partis représentant les basses castes et les intouchables sont si divisés que leurs querelles augurent mal d’un avenir qui aurait pu être radieux.