Existe-t-il une différence entre droit et tolérance PTINTERO.gif (1122 octets)

 

Les droits sont inaliénables ; la tolérance est révocable. Tolérer c’est supporter ce qu’on ne peut empêcher présentement.

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Les droits de l’Homme ayant été, le 10 décembre 1948, adoptés par l’Assemblée Générale des Nations Unies, sous la forme de la « Déclaration universelle des droits de l’Homme », constituent de ce fait un concept objectif de caractère universel.On est donc fondé à considérer comme inaliénable l’engagement des États au niveau international.

La Déclaration universelle, tout en consacrant les principes les plus élevés de l’humanité, traduit une conception qui tient compte des êtres humains réels, situés dans des conditions historiques et culturelles précises. Elle rappelle l’indivisibilité et l’interdépendance des droits civils et politiques qui demeurent inséparables des droits économiques sociaux et culturels.

Elle stipule de ce fait que chaque individu est à la fois dépositaire et bénéficiaire des droits de l’Homme.

La tolérance apparaît comme une conception issue d’un rapport subjectif et hiérarchique qui est susceptible de créer, maintenir et reproduire l’inégalité.

Prenons un exemple lointain pour la différence entre droit et tolérance.

Dans les premiers temps de l’Islam, les populations chrétiennes et juives conquises et soumises par l’envahisseur musulman ont vu la pratique de leur religion tolérée. Il est vrai que cette « tolérance » a peut-être une explication intéressée : les non-musulmans payent des impôts, tandis que le troisième pilier de l’Islam n’oblige les fidèles qu’à l’aumône (jakat), certes obligatoire mais très modeste.

Ces faits, décrits par l’historien Bat Ye’Or (auteur de Sionisme dans les pays Islamiques) montrent la différence fondamentale entre tolérance et droit.

Exemple plus proche dans le temps de la différence entre droit et tolérance :la royauté française et les protestants du XVIe siècle à 1789.

Un pays catholique, un roi qui, au moment du sacre, s’engage à défendre le catholicisme, ne peuvent admettre l’existence et les progrès d’une « religion prétendue réformée ». Poursuites individuelles et exécutions, puis massacres endeuillent la France de 1529 (exécution du Conseiller Anne du Bourg) à 1598. Plusieurs tentatives sont faites pour mettre fin à ces drames, de l’édit deMichel de L’Hospital en 1562 à celui d’Henri IV, enfin à peu près respecté :le célèbre édit de Nantes de 1598 (idée directrice de ces mesures : admettre, tolérer pour les protestants un certain nombre de facilités pour pratiquer leur religion, et de garanties pour leur sécurité personnelle). Cette période de tolérance, à compter de 1598, prend fin en septembre 1685, quand Louis XIV, mal conseillé et surtout mal informé sur la réalité de la situation, révoque, par l’édit de Fontainebleau, ce qui restait des tolérances accordées par son grand-père alors que, dès 1679, avaient repris les mesures de violence légale et militaire contre les « réformes ».

Malgré quelques mesures administratives favorables aux protestants à la fin du règne de Louis XVI, et, en sens inverse, des velléités rétrogrades sousla Restauration, la liberté religieuse est devenue, en France, un droit depuis la Déclaration des droits de l’Homme - article 10 - de 1789.

Il convient de noter que la notion de tolérance, au plan de la sémantique, exclut actuellement l’aspect conditionnel de l’acceptation de « l’autre », de ses différences, de ses convictions.

Dans l’acception du terme, admis et reconnu par l’usage, on peut considérer à présent que la tolérance est le fait de respecter la liberté d’autrui en matière d’opinions philosophiques, politiques ou religieuses.

« La tolérance ne fait renoncer à aucune idée et ne fait pas pactiser
avec le mal. Elle implique simplement qu’on accepte que d’autres ne
pensent pas comme vous sans les haïr pour cela ».

Paul Henri Spaak.