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I - Évolution parallèle de
laffirmation des droits de lHomme et du recul de lesprit de vengeance
avant le siècle des lumières.
Au cours de cette très longue période de près de 2500 ans, on peut observer
une humanisation croissante de la vie du travail : recul du servage, élargissement de la
notion de liberté individuelle, solidarité croissante (hospices et confréries),
sécurité physique accrue. Tandis que parallèlement la loi du talion recule, le droit
dasile établit un tampon, un temps de réflexion, entre poursuivants et poursuivis,
un système damendes et de compensations parvient de plus en plus souvent à
remplacer le prix du sang. Dans lEmpire romain comme dans la chrétienté
médiévale que neffrayait pourtant guère la peine capitale, on constate de plus en
plus que de nouvelles conditions économiques amènent le remplacement de la peine de mort
par la déportation dans de nouveaux territoires à mettre en valeur. On constate donc
déjà, et de plus en plus, le souci dutiliser lhomme au lieu de le supprimer.II - Les Lumières, lavènement des
Déclarations des droits et les actes légaux dabolition de la peine de mort.
Dans lélaboration des manifestes des droits de lHomme, Cesare
Beccaria joué un rôle déterminant. En effet dans son travail Des délits et des peines
il expose sa théorie qui démontre lillégitimité, linutilité pédagogique
et la barbarie de la peine capitale. Cette influence a entraîné une disparition
progressive de la sanction capitale et enfin son abolition légale : 1786 en Toscane, 1867
au Portugal, 1870 en Hollande, 1905 en Norvège, 1921 en Suède, 1930 au Danemark, 1942 en
Suisse, 1944 en Italie, 1949 en Finlande et R.F.A, 1950 en Autriche, 1965 au Royaume-Uni.
La plupart des États dAmérique latine et la majeure partie des États-Unis
lont également abolie. En 1972 la Cour suprême américaine la déclarait même
inconstitutionnelle. Le retard de labolition en France (octobre 1981) ne peut
sexpliquer que par une conception erronée de la protection de la société, « un
alibi monstrueux à nos ignorances » comme le disait le grand économiste François
Perroux.
III - Des réactions illogiques et
passionnées pour le rétablissement de la peine de mort.
Le 8 mars 1995 lÉtat de New York rétablissait la peine de mort et 38
autres États des États-Unis sur 50 en sont aujourdhui à ce point. Lors
datroces crimes de pédophilie commis récemment en Belgique et en France, on a
observé des mouvements réclamant des mesures analogues avec les arguments classiques :
faire des exemples pour la défense de la société.
Mais si la vie est sacrée, pourquoi ériger en exemple (insoutenable daprès les
témoins) un meurtre légal ? Dailleurs la société elle même peut être
criminelle (travail des jeunes enfants) et les statistiques démontrent que la peine de
mort ne fait pas baisser la criminalité.
En fait, dès que la société se sent menacée (conflit politique, conflit idéologique,
recrudescence de criminalité, fléau social, trafic de drogue ou chômage par exemple)
une grande partie de lopinion publique sélève en faveur soit du
rétablissement de la peine de mort, soit de sa mise en application si elle nest
quen sommeil.
Au niveau des droits de lHomme, on peut assister dans une conjoncture semblable à
des réactions similaires : montée du fascisme et du nazisme parallèlement à celle du
taux de chômage, racisme et xénophobie croissant avec la rareté du travail, soif
dautorité, voire de répression face à linsécurité ou à la délinquance
grandissante.
IV - La société témoigne-t-elle par là
de sa versatilité émotionnelle (attitude de passion) ?
Le débat ne pourra jamais trouver de conclusion si on en reste au niveau des
principes car chaque camp a des arguments percutants. Par contre, la solution peut être
trouvée grâce aux progrès économiques et sociaux de la société, à une large
politique déducation, à la mise à disposition des condamnés de moyens réels de
réinsertion, pour leur permettre « dêtre des hommes, malgré tout et malgré eux
mêmes » comme le disait Robert Badinter qui fit voter labolition de la peine
capitale en France en octobre 1981. |