Lesclavage
nexistait pas dans les sociétés les plus primitives, dans lesquelles lhomme
ne songeait quà éliminer physiquement son ennemi. Il a fallu une phase plus
élaborée de la société pour que lhomme projette de préserver son prisonnier
afin de le transformer en travailleur à son service.

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Dans la plus haute antiquité on
pratiquait lesclavage sous deux formes différentes : non-libres relatifs ou
non-libres absolus. Dans le premier cas, dans la même ethnie, dans la même cité, dans
la même tribu, on pouvait trouver des hommes libres ou des esclaves. Alors ces derniers
pouvaient parfois jouir de certains droits civiques ou politiques. Dans le second cas,
lesclave était un étranger, un captif, ou un prisonnier de guerre : il était, en
fait comme en droit, la chose de son maître.
Le sort des esclaves nétait donc pas uniforme dans ces deux conceptions. On pouvait
en effet distinguer un esclavage « domestique » où lesclave intégré à la
famille était traité humainement et un esclavage « pénitentiaire » où les masses
serviles étaient achetées sur le marché et utilisées au maximum de leur rendement le
plus souvent au bénéfice de grands propriétaires fonciers.
À Athènes un grand nombre desclaves exerçaient un métier, habitant à
lextérieur de la maison de leur maître et lui versant une rente. Tous étaient
privés de droits civiques.
À Rome, à partir du 4è siècle av. J.-C., certains esclaves pouvaient devenir
affranchis, cest à dire citoyens de plein droit. Deux siècles plus tard le nombre
des esclaves augmenta énormément à cause des guerres et des conquête. On dit que
César vendit un million de Gaulois en dix ans. Le régime concentrationnaire, la haine
des maîtres cruels, le refus des combats de gladiateurs, la volonté des esclaves
prisonniers de guerre de regagner leur pays dorigine, engendrèrent de nombreuses
révoltes dont la plus célèbre fut celle de Spartacus.
Lesclavage a continué dêtre pratiqué dans le midi méditerranéen pendant
tout le Moyen-Age avec sa continuation sous la forme du servage.
Lépoque des grandes découvertes, avec les conquistadores, ouvre une nouvelle phase
dans lhistoire de lesclavage.
Au XVIe siècle, Bartolomé de las Casas, ému par le sort des Indiens soumis à la
cruauté des Espagnols, arrive à convaincre Charles Quint de prendre des mesures de
protection vis à vis des Indiens dAmérique. Cest alors que, pour donner
satisfaction aux colons qui avaient besoin de main doeuvre pour assurer le travail
de leurs terres, on commence à faire venir dAfrique les premiers esclaves noirs.
Il ne faudrait cependant pas croire que cest là la première manifestation de
lesclavagisme en Afrique. En effet, ce continent a connu le phénomène depuis
lAntiquité sous deux formes : exportation desclaves (vers le bassin
méditerranéen, mais aussi lInde ou la Chine) ou traite intérieure puisque la
grande majorité des sociétés africaines étaient esclavagistes.
La traite atlantique commence donc avant 1500 et devient monopole dÉtat avec le
système des asientos, contrats par lesquels lÉtat cède à un particulier le
monopole de la fourniture dun nombre donné desclaves. Au cours du XVIIIe
siècle plus de 6 millions dAfricains auraient ainsi
traversé lAtlantique.
Cest au cours du XIXe siècle que commence le mouvement dabolition de
lesclavage selon un processus en plusieurs étapes.
Tout dabord plusieurs pays (Danemark en 1803 puis Angleterre et États-Unis en 1808)
interdisent la traite des noirs. Ces décisions sont sans effet jusquen 1815 quand
lAngleterre prend la tête dune croisade mondiale contre la traite et
lesclavage, et les États européens signent la première réprobation universelle
de lesclavage (le nom de William Wilbeforce reste attaché à ces efforts de
lAngleterre).
La France, grâce à Victor Schoelcher, décrète la suppression définitive de
lesclavage dans ses colonies en 1848. Puis, après la guerre de Sécession, les
États-Unis sont la première nation à abolir lesclavage à lintérieur de
ses propres frontières. Enfin, à partir de la fin du XIXe siècle, le pouvoir des
trafiquants desclaves est mis à mal grâce à la pénétration au sein du continent
africain des pays colonisateurs (René Caillé, Livingstone, Savorgnan de Brazza,
Stanley).
Il aura fallu un demi siècle pour faire cesser réellement le trafic, car deux
phénomènes dexpansion économique ont provoqué simultanément une forte demande
de main doeuvre : au Brésil et à Cuba (production sucrière) et aux États Unis
(la production de coton connaît un extraordinaire essor). On évalue à deux millions le
nombre desclaves noirs qui ont été déportés vers les États-Unis, les Antilles
et le Brésil, dans le courant du XIXe siècle.
Cest finalement sur le terrain international que se déroulèrent les dernières
phases de laction officielle contre lesclavage : du traité de Washington en
1862 au pacte de la Société des Nations, plusieurs textes, traités, conférences
internationales confortent la résolution dabolir lesclavage.
La suppression de lesclavage a été réaffirmée par la Déclaration universelle
des droits de lHomme de 1948 (article 4).
Les mesures dabolition prises au cours des deux derniers siècles ont été
initiées par des considérations philosophiques et morales. La dimension politique,
économique et sociale a trop souvent été oubliée, de sorte quen mettant les
esclaves en liberté, les abolitionnistes les ont fait tomber dans le prolétariat le plus
défavorisé, faute dune plus juste répartition des moyens de production. |
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