Une côte basse, propice au cabotage, un chapelet d’étangs poissonneux et chargés de sel, une plaine côtière fertile et bien arrosée, des coteaux parfaitement adaptés à l’arboriculture, des plateaux propres au pastoralisme, des montagnes boisées, des minerais divers, de l’or au charbon en passant par le cuivre, l’argent et le fer, des marbres, des calcaires, des schistes, des granites et des basaltes utiles à la construction, à l’artisanat ou à l’art, des argiles pour les briques, les tuiles, les amphores et les pots, des sources chaudes, froides, gazeuses et plates pour soigner et pour guérir… Ce portrait simplifié de l’Hérault et de ses ressources explique pourquoi ce territoire a été et reste encore le plus peuplé de toute la région.
Les plus anciennes traces de présence humaine ont été retrouvées sur les terrasses alluviales, puis dans des grottes comme celles de l’Hortus, du Mas des Caves ou encore celle de l’Aldène où, au paléolithique supérieur, des hommes ont gravé des silhouettes d’ours, de mammouths et de félins que les spécialistes jugent identiques aux peintures de la Grotte Cosquer.
Il faut attendre le Néolithique pour que se développe une occupation permanente sur l’ensemble du territoire. Entre le 5e et le 2e millénaire, la « révolution » néolithique voit éclore plusieurs cultures spécifiques. Dans les montagnes du Saint Ponais, elles se caractérisent par une pratique soutenue de la chasse et les fameuses statues menhirs. Sur les causses méridionaux, en revanche, ce sont des agriculteurs et des éleveurs qui bâtissent des tombes collectives sous tumulus : dans le seul Minervois, on compte plus de dolmens que dans toute la Bretagne. À la fin de la Préhistoire, les premiers villages, groupement de grandes maisons construites en bois et en pierre sèche, apparaissent sur le causse de l’Hortus.
Au début de l’Age des métaux, la présence de filons de cuivre, facilement exploitables, fait de Cabrières le plus ancien centre métallurgique du pays. Bientôt, le bronze fait son apparition, grâce à l’étain venu de Bretagne ou des Asturies. Des grands courants commerciaux se mettent en place, à l’échèle de l’Europe et du bassin méditerranéen : c’est l’Histoire qui commence.
Les premières céramiques importées de Grèce ont été retrouvées près d’Agde, elles datent de 725 avant J.C. A partir de cette date les relations avec le monde méditerranéen vont s’intensifier et aboutir, au IVe siècle, à la fondation de la colonie d’Agde, par les Phocéens de Marseille. À Lattes, ce sont les Etrusques qui s’installent dans une agglomération indigène construite au bord de l’étang. La vocation commerciale de l’Hérault prend naissance à cette époque : les importations débarquées sur le littoral remontent les fleuves et pénètrent profondément dans le pays qui livre en retour minerais et produits agricoles. Des agglomérations fortifiées, dominées par une aristocratie militaire, voient le jour, a proximité des voies de communication. Lieu de pouvoir, lieu de marché, entrepôt, l’oppidum est aussi le cadre d’une sociabilité nouvelle, matérialisée par la construction de bâtiments publics et de temples. Lorsqu’en 118 avant J.C. les légions romaines annexent la région, les Volques ont déjà partiellement assimilé la civilisation. Les six siècles de l’occupation romaine laissent, malgré les crises, l’image d’une formidable prospérité, matérialisée par la parure monumentale des villes, le luxe et le confort des maisons patriciennes, la prouesse technologique des grands équipements publics. Le temple de Murviel, la villa de Loupian, la voie Domitienne, le pont d’Ambrussum, les thermes et l’aqueduc de Balaruc, les cadastrations de Béziers, les fours de potiers d’Aspiran, sont autant de témoins d’une mise en valeur généralisée du territoire. On exploite les mines d’argent du pays des Rutènes méridionaux (Monts d’Orb), on plante blé, vignes et oliviers jusque sur les reliefs, on fabrique des amphores et des poteries fines exportées dans tout le monde romain. À partir du IIIe siècle, la religion chrétienne pénètre les villes et les campagnes, les premiers évêchés apparaissent alors que la vielle organisation politique et administrative de l’empire s’effondre sous la pression des peuples barbares. En 462 les Wisigoths annexent la région. Ils en resteront maîtres jusqu’à la conquête arabe de 719, en maintenant l’art de vivre et l’économie de l’époque gallo-romaine. Le vrai changement a lieu avec l’arrivée des Francs qui coïncide avec le développement monastique dont les plus importantes fondations sont d’Aniane et Gellone.
La fin de l’ère Carolingienne est marquée par la mise en place du système féodal et l’émiettement du pouvoir politique. Les tours seigneuriales se multiplient et attirent à elles les habitations de paysans asservis, en quête de protection militaire et spirituelle. La construction villageoise (l’incastellamento) recompose durablement le paysage et donne à l’église un rôle central, encore renforcé par la réforme grégorienne du XIe siècle. Dans tous les villages, dans les moindres hameaux, dans les villes comme dans les « déserts » de la montagne, des chapelles, des églises, des cathédrales et des monastères sont construits dans un style roman aux formes sobres et élégantes. La noblesse, quant à elle, se livre à une lutte de pouvoir compliquée, jouant des alliances matrimoniales pour créer de véritables principautés, sans véritable lien avec le pouvoir royal. Dans l’Hérault, l’affrontement des Trencavel de Béziers, des Raymond de Toulouse et du puissant roi d’Aragon aura les conséquences les plus fâcheuses lors de la croisade, lancée au début du XIIIe siècle contre l’hérésie albigeoise. La noblesse languedocienne en sort laminée et c’est le roi de France qui, en dernier lieu, rafle la mise. L’hérésie, quant à elle, sera vaincue par les ordres mendiants et l’inquisition, plus sûrement que par les bûchers qui jalonnent la croisade (Minerve en 1210). Le Moyen Âge final c’est celui de l’art gothique, enfin adapté aux canons locaux, c’est celui des bourgeois et des commerçants groupés autour de Jacques Cœur, c’est celui de l’université de Montpellier dont le rayonnement est durablement établi mais c’est aussi celui des terribles pestes qui déciment durablement la population.
L’époque moderne commence avec le déchirement des guerres de religions qui opposent protestants et catholiques et en même temps les défenseurs des libertés locales contre les empiétements d’une monarchie qui se veut absolue. Dans cette tourmente (1562-1598) bien des villes et des villages sont ruinés, des églises, des monastères sont pillés et détruits, des vies sont perdues. La reconstruction, portée par la province mais étroitement contrôlée par l’intendant, va cependant transformer le visage des villes (promenade du Peyrou 1690) et celui des campagnes, traversées par l’imposant canal du Midi (1666-1681) et les nombreuses routes qui font l’admiration de tout le pays. La création du port de Sète offre enfin aux entrepreneurs le moyen d’exporter les alcools et les vins fins de même que les fameux draps « londrins » tissés dans les manufactures de Villeneuvette, Lodève ou Saint-Chinian. Malgré les crises et les catastrophes climatiques (terrible hiver 1709-1710) c’est un pays très peuplé, prospère et éclairé qui aborde la Révolution et l’époque contemporaine.
Le XIXe siècle est marqué du signe de la modernité et, globalement, du triomphe économique. Le Département est l’un des tous premiers à se doter du chemin de fer (Montpellier-Sète 1839), qui offre un moyen rapide et sur d’expédier les vins du biterrois et les charbons des Monts d’Orb. La population ne cesse de croître, grâce surtout à l’immigration : la vigne et les mines ont besoin de main d’œuvre. Les ouvriers acquièrent une conscience politique forte qui, de la résistance au coup d’Etat de Napoléon III à la révolte de 1907 forgent l’image d’un Midi rouge. La région, cependant, est mal préparée aux mutations du XXe siècle. La désindustrialisation et la surproduction viticole ne laissent, comme ultime recours que le tourisme pour lequel l’Etat investit massivement en construisant la Grande Motte (1975) et le Cap d’Agde (1978) et pour lequel, aujourd’hui, on aménage le lac du Salagou, on organise des festivals et des expositions spectaculaires, on trace des sentiers de randonnées...