Frédéric Bazille est né le 6 décembre 1841 à Montpellier, dans une
famille de la bourgeoisie protestante. La famille habite un hôtel
particulier dans la Grand-rue (actuelle Grand-rue Jean Moulin) situé
en face de l’hôtel de la famille Bruyas. Le collectionneur et mécène
Alfred Bruyas, voisin et ami de ses parents, a une grande influence
sur la vocation de Frédéric, en l’initiant au monde de l’art et en lui
faisant découvrir tout particulièrement l’oeuvre de Delacroix et de
Courbet. Le jeune Bazille va également copier les oeuvres des maîtres
au musée Fabre, comme le Véronèse dont sa copie est dans l’église
de Beaune-la Rolande. La famille possède aussi une propriété dans
les environs de Montpellier, le domaine de Méric. Ce lieu est un
thème récurrent dans l’oeuvre du peintre, qui peint sa terrasse, sa vue
sur Castelnau-le-Lez, des réunions de famille, des scènes de baignade,
et où, au fil des étés, il étudie la lumière, la découpe des personnages
sur le paysage, la peinture sur le motif, la composition et l’éclairage
des scènes de plein air ; c’est un contrepoint solaire des tableaux d’ateliers
peints à Paris et des paysages d’Ile-de-France. Des éléments du
paysage méridional inspirent le tableau au thème biblique Ruth et Booz.
Pour faire plaisir à ses parents, Bazille commence, à la faculté de
Montpellier, des études de médecine, qu’il part poursuivre à Paris
en 1862. Mais il délaisse ses études pour la peinture. Il s’inscrit à
l’atelier du peintre Charles Gleyre. Il y rencontre Claude Monet,
Auguste Renoir. Un groupe se forme avec Edgar Degas, AlfredSisley, Édouard Manet, Berthe Morisot, Paul Cézanne, Camille
Pissarro, Émile Zola, Paul Verlaine… En 1864, ayant échoué à ses
examens, il obtient de ses parents l’autorisation de se consacrer
entièrement à la peinture. Il passe dès lors l’été à Montpellier et le reste
de l’année à Paris. Il aide financièrement ses amis moins favorisés, en
particulier Monet et Renoir, avec lesquels il partage successivement
un atelier.
Suivent des années de création, à la fois personnelle et partagée.
Bazille et ses amis forment le « groupe des Batignolles », du nom du
quartier parisien où la plupart ont leur atelier, d’où sortira le mouvement
impressionniste. Ils sont présents, y compris Bazille, dans le
tableau de Fantin-Latour Un atelier aux Batignolles de 1870. Leurs
oeuvres se font écho : Renoir peint le portrait de Bazille, Bazille
celui de Renoir, Bazille pose pour Le déjeuner sur l’herbe de Monet,
il peint Monet dans L’ambulance improvisée. Leurs tableaux sont
volontiers en miroir, ils sont aussi des mises en abyme de leur
peinture. Ils se représentent avec leurs oeuvres dans les tableaux
d’ateliers, comme L’atelier de la rue de la Condamine, peint par
Bazille en 1870. Penché au-dessus de la rampe de l’escalier, Zola
discute avec Renoir, assis sur une table ; Maître est au piano ;
devant le chevalet, Manet et Monet parlent avec Bazille, qui tient
sa palette. Accrochées au mur, ou posées au sol, des toiles de
Renoir, Monet, Bazille. Le roman de Zola L’OEuvre, publié en 1886,
est un témoignage de cette période.
La guerre est déclarée le 19 juillet 1870 entre la France et l’Allemagne.
En août Bazille s’engage dans le régiment des zouaves d’Afrique du
Nord. Il est tué, à 29 ans, le 28 novembre 1870 au combat de Beaunela-
Rolande. La première exposition des Impressionnistes, où plusieurs
de ses toiles seront exposées, aura lieu en 1874.