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Petite anthologie des littératures occitane et catalane
Joan Salvat-Papasseit, La meva amiga com un vaixell blanc
Joan SALVAT-PAPASSEIT (1894-1924), enfant du peuple barcelonais, doit à la Nova Cançó des années 70 qui l’a chanté d’être un des poètes catalans les plus populaires. Certes, même sans autre musique que celle du vers, il aurait rejoint les classiques du XX° siècle, par ses options formelles d’avant-garde, son approche lyrique de la modernité, à la manière d’Apollinaire ou Marinetti, voire par le projet social que Poema en ondes hertzianesi (Poème en ondes hertziennes) en 1919 et L’irradiador del port (L’irradiateur du port) en 1921 faisaient poindre dans une littérature généralement bourgeoise. Mais c’est, en outre, sa manière d’aborder l’amour, de dire l’exultation des corps et l’exaltation des âmes, avec les mots de tous les jours (El poema de la rosa als llavis [la poème de la rose aux lèvres], 1923) qui ont séduit une génération en mal de libérations. C’est la sensualité et la peur de mourir de ce poète mort à trente ans, exprimées sans honte ni drame, qui parlent à chacun sa langue intime.
La meva amiga com un vaixell blanc
Aquella verge vinclada als meus braços
tota es donava però ha fet un gran crit.
–Oh, amat, no temis!– em deia
ajocant-se :
–No hi ha a la terra cap glavi més fi.
Cerca pel món, que no trobaràs d’altra
que et faci ofrena d’un amor tan pur.
No em deixis, no, que el teu bes m’amanyaga:
com ho faria, si era sense tu?–
I ara s’alçava i jo la vestia
i els seus cabells destrenava pel coll.
La carn, flotant al mossec de la vida,
s’enorgullia de la comunió.
–Què més voldràs, si el meu cos que et guardava
ara ja és teu, i elevarà el teu cant?–
I amb els peus nus, de puntetes, mirant-me:
–Quan corris món, el meu nom, què et dirà?–
A cada mot la veu endolcia,
i jo era alhora l’heroi i l’esclau:
–No et deixaré
et diré el nom d’amiga.
La meva amiga: com un vaixell blanc.
I encar de nou la prenia en mos braços
–ja era el seu ventre més alt i més fort.
I a cada pit un vermell:
dues brases
com la punxada del llavi i del cor.
Joan Salvat-Papasseit , Óssa menor, 1925. |
Mon amie comme un bateau blanc
Cette vierge souple dans mes bras
se donnait toute mais elle a poussé un grand cri.
– Oh, aimé, ne crains pas!, disait-elle
en se couchant :
– Il n’est pas sur la terre de glaive plus fin.
Cherche de par le monde, tu n’en trouveras pas d’autre
Qui te fasse l’offrande d’un amour si pur.
Ne me quitte pas, non, car ton baiser m’adoucit :
Comment ferais-je, sans toi ?
Et voilà qu’elle se levait et moi je l’habillais
et ses cheveux je détressais sur son cou.
La chair, flottant à la morsure de la vie,
s’enorgueillissait de la communion.
– Que voudras-tu de plus, si mon corps qui te gardait
est à toi maintenant, et élèvera ton chant ?
Alors, pieds nus, sur la pointe, me regardant :
– Quand tu courras de par le monde, mon nom te dira quoi ?
À chaque mot elle adoucissait la voix,
et moi j’étais le héros et l’esclave à la fois :
– Je ne te quitterai pas
je t’appellerai amie.
Mon amie : comme un bateau blanc.
Et encore une fois je la prenais dans mes bras
– son ventre était déjà plus haut et plus fort.
Et sur chaque sein du rouge :
deux braises
comme une piqûre de lèvre et de cœur.
Traduction : Miquela Valls. |
Références bibliographiques :
Joan Salvat-Papasseit, Poesies, a cura de Joaquim Molas, Clàssics Catalans Ariel, 2, Barcelona, 1978.
CD Salvat-Papasseit per Ovidi Montllor, PDI, Barcelona, 1994.
Joan Salvat-Papasseit, Avantguardista : manifestos, cal·ligrames i altres poemes, estudi preliminar Ferran Gadea, Tàndem Edicions, València, 1994.
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