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Petite anthologie des littératures occitane et catalane

 

 

Jordi Carbonell , Un home qualsevol

 

Jordi Carbonell i Tries est né à Perpignan en 1920. Sa vocation d’écrivain, quoique tardive, a propulsé ses romans sur le devant de la scène, et, en particulier, Un home qualsevol qui obtint en 1980 le prix Sant Jordi (Barcelone). Depuis, il a écrit un roman par an, sans interruption, sans forcément les publier tous. En 1988, il écrivit l’Evangeli segons Jordi Carbonell. En 1992, son roman El gat de casa obtint le prix Fiter i Rossell (Andorre).

 

Le texte proposé ci-dessous est extrait d’Un home qualsevol. L’auteur y dépeint un homme ordinaire, emprisonné à tort pour un meurtre qu’il n’a pas commis…Le roman est composé de quatre chapitres qui alternent subtilement les points de vue entre l’introspection à la première personne du jeune homme et la perspective narrative à la troisième personne du vieil inspecteur. Entre rêve et réalité, le lecteur se laisse prendre à la magie d’une écriture originale dont nous reproduisons la dernière page.

 

Un home qualsevol

 

      Mentre en Pere acaba de cordar-se les sabates, l’inspector l’observa en silenci. Una ona de simpatia l’envaeix, irresistiblement.
      Per culpa seva, aquest jove s’havia passat la nit a la presó i, pitjor, es posava a l’esquena el pes d’un crim comès per un altre. Hauria acceptat això, només per guardar-se la consciència en repòs. Ningú no l’hi obligava. Sí, aquest jove era molt i molt simpàtic. L’inspector s’apropa a en Pere. Voldria fer-se perdonar els maldecaps que havia provocat la seva intrusió en la vida d’en Pere. Però no sap com fer-ho. Li posa la mà a l’espatlla, afectuosament, i li diu:
      -Maties, tot just si són les vuit. Afanyant-nos una miqueta, tindré el temps de portar-vos a casa vostra. Allà, mentre us afaitareu, us rentareu i us canviareu de vestits, jo contaré a la vostra mare què heu fet aquesta nit. No hi ficaré cap mentida. Potser s’ha passat la nit en blanc, esperant-vos. No fóra correcte de mentir-li. Li diré que vós i jo, ens hem passat la nit buscant l’home que havia matat la Montserrat, aquella jove de la botiga vostra que havia estat assassinada. Li diré que, finalment, cada un de nosaltres havia trobat un culpable que, però, el vostre no era bo i que havíem estat obligats de deixar-lo córrer. Si us doneu pressa podreu córrer fins a la botiga i arribar-hi abans de les nou.
      En Pere mira l’inspector i li somriu. Amb un somriure d’home. Afectuós. Una comprensió mútua lliga aquelles dues mirades. Però l’inspector tira endavant.
      -Diumenge vinent, cal que vingueu a casa meva, amb la vostra mare. Hi farem una menjada de peix. Us presentaré la meva dona. Fa molt bé la cuina. Vivim nosaltres sols. No hem tingut mai fills. Mai… No és pas que no n’haguéssim volguts… Però…
      Els dos homes encaixen. Amb les quatre mans. Emocionats. Eviten de mirar-se per raons de pudicícia i…de llàgrimes, que, potser, perlejarien.
      En Pere diu que, d’ara endavant, convindria que el tutegés.
      Un instant després, el vell inspector principal Enric Pujol, del districte de Perpinyà, acompanya a casa seva el jove Pere Maties. Aquesta vegada, no ha tingut cap dificultat per apoderar-se del volant, ja que no hi ha competit cap quixot fotògraf.

 

Perpinyà, 28 de juliol de 1978.

 

Jordi Carbonell i Tries,
Un home qualsevol,
edicions Proa, Barcelona, 1979.

Un homme ordinaire

 

      Pendant que Pere finit de lacer ses chaussures, l’inspecteur l’observe en silence. Une vague de sympathie l’envahit, irrésistiblement.
      Par sa faute, ce jeune homme a passé la nuit en prison, et, pire, se mettait à dos le poids d’un crime commis par un autre. Il aurait accepté cela, uniquement pour garder sa conscience en repos. Personne ne l’y obligeait. Oui, ce jeune homme était très, très sympathique. L’inspecteur s’approche de Pere. Il voudrait se faire pardonner les tracas provoqués par son intrusion dans la vie de Pere. Mais il ne sait comment faire. Il met la main sur son épaule, affectueusement, et lui dit :
      -Maties, il est tout juste huit heures. Si nous nous dépêchons un peu, j’aurai le temps le temps de vous ramener chez vous. Là-bas, pendant que vous vous raserez, vous laverez et vous changerez de vêtements, je raconterai à votre mère ce que vous avez fait cette nuit. Je ne rajouterai aucun mensonge. Elle a peut-être passé une nuit blanche à vous attendre. Il ne serait pas correct de lui mentir. Je lui dirai que vous et moi avons passé la nuit à chercher l’homme qui avait tué Montserrat, cette jeune fille de votre magasin qui avait été assassinée. Je lui dirai que, finalement, chacun de nous avait trouvé un coupable mais que le vôtre n’était pas le bon et qu’on avait été obligés de le laisser partir. Si vous vous pressez, vous pourrez courir à la boutique et arriver avant neuf heures.
      Pere regarde l’inspecteur et lui sourit. Avec un sourire d’homme. Affectueux. Une compréhension mutuelle relie ces deux regards. Mais l’inspecteur continue.
      -Dimanche prochain, il vous faut venir chez moi, avec votre mère. Nous mangerons du poisson. Je vous présenterai ma femme. Elle cuisine très bien. Nous vivons seuls. Nous n’avons jamais eu d’enfants. Jamais…. Ce n’est pas que nous n’en ayons pas voulu…Mais…
      Les deux hommes se serrent les mains. Les quatre mains. Emus. Ils évitent de se regarder par pudeur, et, peut-être pour ne pas laisser perler leurs larmes.
      Pere dit que, dorénavant, il devrait le tutoyer.
      Un instant plus tard, le vieil inspecteur principal Enric Pujol, du district de Perpignan, accompagne à son domicile le jeune Pere Maties. Cette fois, il n’a eu aucune difficulté à prendre le volant, vu qu’il n’a fait concurrence à aucun don Quichotte photographe.

 

Perpignan, le 28 juillet 1978.

 

 

 

Traduction de Mary Sanchiz.

 

 

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Décembre 2006.