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Petite anthologie des littératures occitane et catalane

 

 

Joan Fuster , "Gent", diccionari per a ociosos

 

Joan FUSTER (1922-1992), n’a que très rarement quitté sa ville natale de Sueca au Pays Valencien, mais il n’en fait pas moins figure de “contemporani capital” (contemporain capital). Entraîné au journalisme d’opinion, qui fut longtemps son seul gagne-pain, le “solitari (solitaire) de Sueca” est devenu le maître de l’essai en catalan. On pourrait ne retenir de lui que ses critiques novatrices de la littérature médiévale et contemporaine si les écrits du polémiste, moraliste engagé, n’avaient semblé primordiaux. Nosaltres els Valencians/Nous les Valenciens, (1962) prêche finement pour une intégration des Pays Catalans, L’home mesura de totes les coses/L’homme mesure de toutes choses (1967) assume avec humour la partialité obligée du penseur. D’une “Sèrie incoherent d’escrits/Série incohérente d’écrits, il fait son Diccionari per a ociosos/Dictionnaire pour oisifs, où l’ironie ne se limite pas à la qualification des destinataires.

 

 

Gent
           
      Quan diem “la gent”, mai –o quasi mai–, en general, no volem al·ludir-nos a nosaltres mateixos. Jo dic “la gent” i designo els altres. I sí: la gent són els altres. Per definició, la gent són els altres, i no jo. Ens resistim a veure’ns sumits, o submisos, en la indeterminació d’un grup, d’un magma humà confús i ofuscat. Ni tan sols si ens hi trobem, ni tan sols en el cas d’haver-nos trobat materialment immersos en aquella multitud, no acceptem de reconèixer-nos-hi. D’altres paraules, com ara “poble” o “colla” o “societat” o “partit” o “equip” quan ens inclouen, ens semblen justes en la nostra inclusió: fins i tot admeten  un possessiu –“el meu poble”, “la meva colla”, “la meva societat”, “el meu partit”, “el meu equip”– que subratlla la nostra adhesió. No diem, però “la nostra gent”, si no és emprant el terme de “gent” amb un sentit de precisa sinonímia amb qualssevol d’aquests altres vocables. “La gent” és tota una altra cosa. El mot, així retallat, intercala una distància definitiva entre el qui el pronuncia i el conglomerat a què es refereix. “La gent feia això o allò”, “la gent cridava”, “la gent que sortia del futbol o del cinema”, “la gent que assistia a la manifestació”: aquesta mena d’expressions solen ser dites de vegades pels mateixos que hi eren i que, això no obstant, en dir-les, se’n desentenen.

 

      Les podrien dir tots i cada un dels que hi eren. I tothom tindria raó. El concepte de “gent” només se’ns fa evident quan, ni que sigui mentalment, ens n’hem separat. Més encara: en la mesura que arribem al concepte de gent, ja hem deixat de formar part de la gent, deixem de ser gent, malgrat que la nostra presència física segueixi inserida en l’aglomeració. En pensar-hi, ens n’hem desglossat d’una manera automàtica. Potser perquè la reflexió aïlla. En tot cas, pot afirmar-se que la gent existeix únicament en tant que els congregats no hi pensen: no pensen que són individus congregats. En “poble”, “colla”, “societat”, “partit”, “equip”, etcètera, hi ha consciència d’estar reunits en comunitat: en la “gent”, no. Les acumulacions humanes circums- tancials i amorfes, muntades sobre la inèrcia o l’apassionament, la gernació que brama a l’estadi, passeja o s’entafora al cinema, les turbes exaltades i el plàcid seguici d’un enterrament, són, per a nosaltres, “la gent”. I nosaltres hi som, ben sovint, gairebé sempre, en una altra ocasió. És clar que, com que només podem parlar de la gent quan hem deixat de ser gent, de vegades ens fem la il·lusió que en restem al marge, constitutivament al marge. Però això és un miratge. No hi ha dubte que la gent són els altres –i cadascú de nosaltres.

Gens
           
      Quand nous disons « les gens », jamais –ou presque–, en général, nous ne voulons faire allusion à nous-mêmes. Moi je dis « les gens » et je désigne les autres. Et oui : les gens ce sont les autres. Par définition, les gens ce sont les autres, et pas moi. Nous nous refusons à nous voir englobés, ou soumis, à un groupe indéterminé, un magma humain confus et obscur. Même si nous y sommes, même s’il nous est arrivé de nous trouver plongés dans la multitude, nous n’acceptons pas d’en être. D’autres mots, comme « peuple » ou « bande » ou « société » ou « parti » ou « équipe » quand nous y sommes inclus, nous semblent justes dans notre inclusion : nous admettons même le possessif –« mon peuple », « ma bande », « ma société », « mon parti », « mon équipe » –qui souligne notre adhésion. Mais nous ne disons pas, cependant, « nos gens », si ce n’est en totale synonymie avec l’un quelconque des autres vocables. « Les gens » c’est tout autre chose. Le mot, ainsi découpé, interpose une distance irrémédiable entre celui qui le prononce et le conglomérat auquel il se réfère.  « Les gens faisaient ceci ou cela », « les gens criaient », « les gens qui venaient du foot ou qui sortaient du cinéma », « les gens qui assistaient à la manifestation »: des expressions de ce type sont souvent dites par ceux-là mêmes qui y étaient et qui, cependant, en les disant, s’en désolidarisent.

 

      Elles pourraient être dites par chacun de ceux qui y étaient. Et tous auraient raison. Le concept de « gens » ne devient évident à nos yeux que, même si ce n’est que mentalement, quand nous nous en sommes séparés. Mieux encore : lorsque nous parvenons au concept de gens, c’est que nous avons cessé de faire partie des gens, bien que notre présence physique continue à s’insérer dans l’agglomérat. Y penser nous en a dissociés automatiquement.  Peut-être parce que la réflexion isole. En tous cas, on peut affirmer que les gens n’existent que tant qu’ils ne se pensent pas en individus « agglomérés ». Dans « peuple », « groupe », « parti », « équipe », etc. il y a la conscience d’être réunis en communauté ; dans « les gens », non. Les accumulations humaines circons-tancielles et amorphes, fondées sur l’inertie ou l’enthousiasme, la foule qui braille au stade, se promène ou s’enfourne au cinéma, les masses exaltées et le placide cortège d’un enterrement, sont, pour nous, « les gens ». Et nous en sommes, bien souvent, presque toujours, dans tous les cas. Bien sûr, comme nous ne pouvons parler des « gens » que quand nous avons cessé d’être des gens, parfois nous avons l’illusion de rester en marge, marginaux de constitution. Mais c’est un mirage. Pas de doute : les gens c’est les autres – et chacun d’entre nous.

 

Traduction de Miquela Valls

 

 

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Décembre 2006.