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Petite anthologie des littératures occitane et catalane
Jacint Verdaguer , Canigó
Canigó
La goja diu: -No sempre fou eixa vall desclosa;
fou aigua lo que és herba, lo que ara és verd fou blau;
bramaren les balenes on Prada avui reposa,
i els claustres d’Elna munten, evori en coral rosa,
de Tetis el palau.
Força Reial i Pena foren ses illes belles;
del Canigó en la soca fermaren-se vaixells;
volaren les gavines cantant cançons novelles
en eixes margenades, on bresquen les abelles,
on juguen els anyells.
És obra del Pirene gegant aqueixa terra;
dels cims la davallaren les aigües de gra a gra;
les pedres de la plana són ossos de la serra
d’a on, un pas per segle, com hoste que es desterra,
el pèlag reculà.
A les Nereides filles de Doris, suplantaren
les Nàiades joliues, que en Arles i Molig
de sa aigua sanitosa les urnes abocaren;
les Dríades dins l’arca dels dòlmens s’allotjaren
dels arbres entremig.
De quantes guerres fóra lo Rosselló teatre?
Portal d’Ibèria, quantes nacions ha vist passar?
Les serres, graderia d’aqueix amfiteatre,
en sa creixent arena més pobles han vist batre
que onades en sa mar.
Grans viles el Fenici vora eixa mar plantava,
i, esposa desertívola que cerca un altre llit,
besava llurs muralles mil anys i les deixava,
i, lluny elles al veure sos ulls i vesta blava,
morien de neguit.
El temps a Caucolíberis e Il·líberis esborra;
si resten llurs ossades, sos noms ja ningú els sap.
de la Ruscino púnica ne resta sols la torre,
com d’home que en l’arena de vora mar s’ensorra.
traient ja sols lo cap.
Ençà d’eixa columna, pedró de sa ruïna,
una ciutat naixenta no veus? És Perpinyà,
la que li ha pres per sempre lo sceptre de regina.
Doncs jo l’he vista nàixer com d’un reboll d’alzina,
com roure d’un aglà.
Un fill de la Cerdanya que Pere Pinya es deia,
tement que el soterrassen les neus, parlà a la Tet:
«Oh, guia’m, tu que hi baixes, al pla que s’assoleia.»
« Segueix-me, el riu contesta, i el llaurador ho feia
per no morir de fred.
Dels bous pren les tirandes i per sa verda riba
segueix el riu que corre camí del Rosselló;
quan ja vora les aigües del mar la Tet arriba,
diu al bover: “Arrela’t aquí, llaura i cultiva;
tos camps regaré jo.”
Com Ròmulus un dia del Tibre en la ribera,
de freixe amb sa carreta rodeja un tros de pla:
allí planta una casa, un camp i una olivera;
ara és ciutat la casa, mur ample la rodera,
el mur de Parpinyà.
Apar una encantada que, de l’escuma eixida,
mirant-te s’extasia, granívol Rosselló,
i, alçant a les neus verges els ulls embadalida,
no sap si amb més belleses i amb més tresors la crida
la mar o el Canigó.
Mes eix és meu, cap reina del món té millor trono;
a cap fins les boirades humils besen el peu;
i això i mon cor i vida i esdevenir te dono;
ací, al nivell dels astres, de glòria te corono;
més alt sols està Déu.
Oh, mira mes companyes com a enjoiar-te volen
en carros de boirina de polseguera d’or!
Algunes per lliseres de neu i herba rossolen
fins que, de joies plena sa falda, s’enarbolen
parlant de nostre amor.
A eixams així a trenc d’alba les àurees abelles
murmurioses volen vers l’ametller florit.
Oh, mira-les com pugen, que càndides i belles!
No són més eixerides al vespre les estrelles
quan pugen al zenit.
Jacint Verdaguer, « Nuviatge », Canigó, cant VI, 1886. Texte établi par Narcís Garolera. |
Traduction
Canigou
La fée dit alors : - Cette vallée n’a pas été de tous temps ouverte ;
ce qui est herbe fut eau et bleu ce qui maintenant est vert ;
des baleines bramaient là où repose Prada,
et les cloîtres d’Elna, ivoire sur corail rose,
surmontent le palais de Thétis.
Força Reial et Pena étaient ses belles îles ;
au pied du Canigou s’amarraient des vaisseaux ;
les mouettes volaient en chantant des airs nouveaux
sur ces rivages où les abeilles font leur miel,
où gambadent les agneaux.
Cette terre est l’œuvre du géant Pirene:
les eaux la transportèrent grain à grain depuis les sommets ;
les pierres de la plaine sont les os de la montagne
d’où, un pas par siècle, comme l’hôte qui s’exile,
la mer recula,
Les Néréides, filles de Doris, furent supplantées
par les jolies Naiades qui, à Arles et à Molig,
déversèrent leurs urnes d’eau salutaire ;
les Dryades se logèrent au creux des dolmens,
parmi les arbres.
De combien de guerres le Rosselló n’a-t-il pas été le théâtre ?
Porte de l’Ibérie, combien de nations n’a-t-il vu passer ?
Les montagnes, gradins de cet amphithéâtre,
ont vu sur la plage grandissante se battre plus de peuples
que de vagues dans la mer.
Le Phénicien fonda de grandes villes au bord de cette mer qui,
épouse volage cherchant un autre lit,
baisait leurs murailles mille ans durant puis les abandonnait ;
alors, voyant s’éloigner ses yeux et sa tuniques bleus
les villes moururent de chagrin.
Le temps efface Caucoliberis et Illiberis ;
s’il reste leurs ossements, personne ne sait plus leurs noms.
De la Ruscino punique il ne reste que la tour,
comme un homme ensablé dans les arènes du rivage
dont seule dépasse la tête.
En deçà de cette colonne, stèle de sa ruine,
ne vois-tu pas une ville naissante ? C’est Perpinyà,
qui lui a ravi pour toujours le sceptre de reine.
Et bien moi, je l’ai vue naître comme le chêne vert d’un rejet
et le rouvre d’un gland.
Un enfant de Cerdanya, du nom de Père Pinya,
craignant d’être enseveli par les neiges, s’adressa à la Têt :
«Guide-moi donc, toi qui descends par là, jusqu’à la plaine ensoleillée.»
« Suis-moi, répond la rivière, ce que fit le laboureur
qui ne voulait pas mourir de froid.
Il saisit les traits des bœufs et sur la verte rive
il longe la rivière qui court vers le Rosselló ;
au bord des eaux de la mer, la Têt dit au bouvier :
« Installe-toi ici, laboure et cultive,
moi, j’arroserai tes champs. »
Comme Romulus un jour sur les rives du Tibre,
de sa charrue de frêne il encercle une parcelle de la plaine ;
il y plante une maison, un champ et un olivier ;
maintenant la maison est une ville, le sillon une large muraille,
le rempart de Perpinyà.
On dirait une fée sortie de l’écume
qui à ta vue, grenier du Rosselló, s’extasie
et, levant les yeux émerveillés vers les neiges vierges,
ne sait ce qui l’attire le plus par ses beautés et ses trésors,
la mer ou le Canigó.
Mais le Canigó est à moi, nulle reine du monde n’a meilleur trône,
dont les humbles brumes baisent le pied ;
tout cela et ma vie et mon cœur et mon avenir, je te le donne ;
ici, à hauteur d’astres, je te couronne de gloire ;
au-dessus il n’y a que Dieu.
Vois comme mes compagnes viennent te couvrir de bijoux
sur leurs chars de brume et de poussière d’or !
Certaines, sur des plaques de neige et d’herbe glissent
et, leur giron rempli de joyaux, remontent
en devisant de notre amour.
Ainsi, à la pointe de l’aube, les abeilles d’or
murmurantes volent vers l’amandier fleuri.
Regarde-les monter : qu’elles sont pures et belles !
Les étoiles le soir ne sont pas plus vives
quand elles montent au zénith.
Traduction de Miquela Valls, Terra Nostra 2003-2004 |
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