L'école maternelle permet à l'enfant
d'exercer sa curiosité en découvrant, au-delà
de l'expérience immédiate, quelques-uns des
phénomènes qui caractérisent la vie, la
matière ou encore les objets fabriqués par l'homme.
Les activités proposées dans cette perspective lui
donnent des repères pour ordonner les
événements dans le temps qui passe et structurer les
espaces qu'il explore. En lui permettant de distinguer le monde
physique et le monde vivant, elles lui offrent l'occasion de mieux
connaître les besoins de son corps et de structurer ses
actions dans l'univers qui est le sien. Dans ces situations,
grâce à des expériences faciles à
mettre en oeuvre, l'enfant apprend à formuler des
interrogations plus rationnelles, à anticiper des
situations, à prévoir des conséquences,
à observer les effets de ses actes, à construire des
relations entre les phénomènes observés,
à identifier des caractéristiques susceptibles
d'être catégorisées. Il s'essaie à
raisonner. Bref, il expérimente les instruments du travail
intellectuel qui permettent de décrire la
réalité, de la quantifier, de la classer ou de la
mettre en ordre, en un mot de la comprendre. En même temps
qu'il découvre avec d'autres yeux le monde qui l'entoure,
l'enfant continue à apprendre à parler, à
nommer avec précision les objets et leurs qualités,
les actions et leurs caractéristiques. Il prend conscience
des usages plus contraints du langage. Il découvre aussi
que le dessin peut représenter avec précision ce
qu'il a observé et rendre partageables les informations
dont il dispose.
Objectifs
À l'école maternelle l'enfant prend
conscience que son expérience immédiate
n'épuise pas le champ auquel s'applique sa
curiosité. Il découvre la richesse du monde qui
l'entoure les objets comme les êtres vivants.
En jouant, en poussant toujours plus avant ses
expériences et ses tâtonnement, l'enfant se constitue
un premier capital de connaissances. Il manipule, il observe, il
cherche comment utiliser un objet, un instrument. Il s'interroge.
Il identifie des réalités, les représente et
les nomme. Il distingue les qualités des objets ou des
collections d'objets qu'il compare, classe, range,
dénombre. Il apprend à conduire ses actions,
à en prévoir les résultats, à
anticiper les événements et à les expliquer.
Il raconte ses expériences, verbalise ses actions,
écoute l'enseignant lorsqu'il les commente et dialogue avec
lui à leur propos. Il obtient les premières
réponses aux nombreuses questions qu'il se pose et devient
peu à peu capable de formuler des interrogations plus
rationnelles. Il commence ainsi à se confronter aux
contraintes de la pensée logique, apprend à utiliser
des repères spatiaux et temporels pour structurer ses
observations et son expérience, constate qu'on peut relier
la cause et l'effet. L'enseignant lui montre qu'il est possible de
décentrer son point de vue et il l'aide à se forger
un début de pensée rationnelle. L'école
maternelle suscite ainsi toutes les occasions d'une
découverte active du monde et en sollicite des
représentations. L'enrichissement des connaissances
s'appuie sur des expériences vécues mais passe aussi
par la découverte de documents (imprimés ou
numérisés) grâce à la médiation
de l'adulte qui lit, explique, commente les textes comme les
images ou les schémas. Dès son plus jeune âge,
l'enfant est mis en présence d'un grand nombre d'images,
analogiques ou numériques, fixes (photographies, affiches,
albums...) ou animées (vidéo,
télévision, cinéma….). D'abord sensible aux
impressions qu'elles produisent, il apprend à les percevoir
aussi comme des documents. Il dessine, produit, utilise diverses
représentations de ses expériences, ainsi que des
désignations symboliques. Il élabore des textes qui
rendent compte de son activité (dictées à
l'adulte). À mesure que ses représentations
s'affinent, il utilise un lexique plus précis et acquiert
une syntaxe plus complexe mieux adaptée à la
description des relations spatiales, temporelles, de
causalité et au cheminement du raisonnement.
Ainsi, l'enfant apprend à se représente le
monde et à construire des connaissances. Comme dans les
autres cycles de l'école, la démarche s'articule
autour d'un questionnement guidé par le maître et
conduit à des investigations menées par les
élèves. Issue d'un questionnement provenant le plus
souvent de l'activité des enfants, l'investigation
menée en maternelle n'est pas conduite uniquement pour
elle-même : elle débouche sur des savoir-faire et des
connaissances. Même très élémentaires,
ces derniers constituent un progrès important pour
l'élève.
Programme
C'est à l'occasion d'activités globales, et
bien entendu, non disciplinaires que l'enseignant guide les
enfants dans l'exploration des thèmes décrits
ci-dessous. Les rubriques ont été
sériées dans le seul but de faciliter la
lecture.
1. Découverte
sensorielle
Pour qu'il puisse établir des connaissances, il
importe d'abord de guider l'enfant vers une toute première
analyse de son environnement fondée sur la mise en ordre
des perceptions qu'il en reçoit. C'est par l'usage de ses
sens que l'enfant reconnaît les objets et les
évènements qu'il perçoit. L'aider à
mieux découvrir le monde, c'est donc enrichir et
développer ses aptitudes sensorielles, lui permettre de
s'en servir pour distinguer des réalités
différentes, les classer ou les ordonner, les
décrire grâce au langage. Dans cette perspective, on
lui propose des situations mettant en jeu :
l'exploration des qualités tactiles (rugueux, lisse,
doux, piquant, chaud, froid…),
l'exploration tactile des formes et des surfaces (avec les
mains, les pieds…) y compris en fermant les yeux,
l'exploration des caractéristiques gustatives et
olfactives de quelques aliments (textures, odeurs, saveurs…),
la reconnaissance des éléments du monde
sonore, leur reproduction,
l'exploration des caractéristiques visuelles des
objets (couleurs, intensités, oppositions brillant / terne,
clair / sombre).
L'observation des effets de la lumière (jeux de
lumière et d'ombres, de miroirs), la déformation de
la vision avec des instruments d'optique simples (loupes,
lunettes, verres de couleur, tubes…) permettent à l'enfant
de percevoir autrement les objets qui l'entourent.
2. Exploration du monde de la
matière
Une première appréhension intuitive du
concept de matière peut être sous-tendue par la
distinction entre les objets et les substances dont ils sont
constitués, elles-mêmes caractérisées
par leurs propriétés. En agissant sur la
matière l'enfant élabore des représentations.
Il peut ainsi s'exercer à modeler, tailler, couper,
morceler, mélanger, assembler, fixer, transporter,
transvaser, transformer en agissant sur des matériaux
nombreux et variés. Ces actions lui permettent d'enrichir
son expérience du monde par la découverte de
quelques propriétés de matières usuelles
comme le bois, la terre, la pierre, le sable, le papier, le
carton, le tissu... Il repère des réalités
moins visibles comme le vent et ainsi prend conscience de
l'existence de l'air. En rapprochant l'eau du robinet, la pluie,
la neige, la glace, il commence à élaborer un
premier niveau, très modeste, d'abstraction et à
comprendre que ces diverses réalités renvoient
à une même substance : l'eau. Il compare des
mélanges (sirops, peintures).
Cette exploration conduit à des dialogues avec
l'enseignant, qui permettent de repérer, classer,
sérier, désigner les matières, les objets et
leurs qualités.
3. Découvrir le monde
vivant
Les différents aspects de la découverte du
vivant ne peuvent être abordés qu'à partir de
mises en situartion et d'observation du réel qui
répondent à la curiosité des enfants. En
maternelle, l'important est qu'ils repèrent et nomment ce
qu'ils observent. L'essentiel est de prendre conscience de la
diversité du monde vivants et des différents milieux
tout en identifiant quelques-unes des caractéristiques
communes aux végétaux, aux animaux et à
l'enfant lui-même.
3.1 Observation des
caractéristiques du vivant
Les jeunes enfants ont des rapports
privilégiés avec les animaux. Ils découvrent
rapidement certaines caractéristiques de la vie : un animal
nait, grandit, se reproduit et meurt. L'observation et la
description de la nature, associées à la
désignation des plantes et des animaux, sont l'occasion
d'aborder les grandes fonctions du vivant : croissance, nutrition,
reproduction, locomotion (pour les animaux).
L'organisation, l'entretien et l'observation
d'élevages et de cultures constituent un support
privilégié de verbalisation et de dialogue, y
compris pour les plus jeunes et les plus timides. L'enregistrement
écrit des observations (dictée à l'adulte)
permet de se donner les moyens de mémoriser des
connaissances, de structurer les relations spatiales et
temporelles, de rendre compte de liens de causalité. Toutes
ces expériences sont le support d'une verbalisation active,
de débats, de tentatives de représentations (par le
dessin, la photographie), elles-mêmes à nouveau
objets de discussion. C'est au cours de ces dialogues avec
l'adulte que se construisent un questionnement ordonné, des
représentations claires et, finalement, des
connaissances.
3.2. Découverte de
différents milieux, sensibilisation aux problèmes de
l'environnement
Ce n'est que lorsque le milieu proche a été
exploré et reconnu qu'il devient possible d'aller à
la rencontre de réalités plus complexes. On conduira
donc les enfants de la découverte et l'observation de
l'environnement proche (la classe, l'école, le quartier...)
à celles d'espaces moins familiers (espaces verts, terrains
vagues, forêt, étangs, haies, parcs animaliers,
campagne, mer, montagne, ville...). La caractérisation de
ces différents lieux par leur position (en particulier leur
altitude) est possible avec les plus grands. L'observation des
constructions humaines (maisons, commerces, monuments, routes,
ponts...) suppose le même cheminement. Pour les plus grands,
une première approche du paysage comme milieu marqué
par l'activité humaine devient possible. On peut comparer,
à l'occasion d'une promenade, les paysages
rencontrés et leurs représentions photographiques.
Toutes ces situations sont l'occasion d'une initiation
concrète à une attitude responsable : respect des
lieux, de la vie, entretien des plantations et du jardin scolaire,
soins aux animaux, impact de certains comportements sur
l'environnement de la classe (lutte contre le gaspillage, tri des
déchets pour recyclage), repérage des nuisances :
déchets, bruits, odeurs, fumées… Elles constituent
des situations de questionnement sur le monde et sont autant
d'occasions de recherche d'informations (grâce à la
médiation du maître) dans des documents
photographiques imprimés ou numérisés, dans
des documentaires, sur des sites internet.
3.3. Décuverte du corps et
sensibilisation aux problèmes d'hygiène et de
santé
La découverte de son corps dans sa globalité
et dans ses différentes parties, leur désignation
sont sources d'intérêt pour le jeune enfant. Chaque
jour et de manière très concrète, dans le
respect des habitudes culturelles de chacun, on apprend à
satisfaire aux règles élémentaires
d'hygiène :
du corps : lavage des main,
des locaux : remise en ordre, maintien de la
propreté,
de l'alimentation : régularité des repas,
composition des menus.
Une information sur l'enfance maltraitée est
effectuée chaque année. Une sensibilisation aux
questions d'hygiène et de santé permet aux enfants
de comprendre la nécessité de respecter
l'intimité de chacun, l'intégrité de son
corps et de celui des autres.
4. Découvrir le monde des
objets, éducation à la
sécurité
Les actions sur les objets guidées par le
maître ne se réduisent pas à des
activités purement manuelles. Elles sollicitent la
réflexion de l'enfant et le conduisent à une
première appréhension de ce que sont un
système et les éléments qui le composent.
L'utilisation d'objets techniques variés dans des
situations fonctionnelles (vie de l'école, alimentation et
cuisine, communication,, jeux…) conduit d'abord à la
découverte de leurs usages et au développement de
l'habileté de l'utilisateur. Ces situations permettent
aussi de tenter de répondre à des questions simples
: à quoi servent ces objets ? comment les utiliser?
d'où viennent-ils ? Quelquefois, l'enfant ne peut que mimer
ce qu'il ne parvient pas encore à dire. L'enseignant le
conduit à préciser ses gestes, à trouver les
mots qui les accompagnent, à dire enfin ou à
représenter ce qu'il a compris. L'ambition de ces
activités est limitée. L'enfant prend conscience de
l'usage de l'objet, de ses différentes parties. Il constate
qu'il fonctionne ou non (une analyse méthodique du
fonctionnement et des principales pannes est
réservée à l'école
élémentaire). La fabrication d'objets contribue tout
aussi
fortement à cette première découverte
du monde technique. La séquence préparée par
l'enseignant permet d'articuler projet de réalisation,
choix des outils et des matériaux adaptés au projet,
actions techniques spécifiques (plier, couper, coller,
assembler, actionner...), organisation de l'atelier de
fabrication.
On peut ainsi explorer :
des montages et des démontages (jeux de
construction, maquettes...),
des appareils alimentés par des piles comme lampes
de poche, jouets, magnétophones... (pour
d'évidentes raisons de sécurité, on prend
soin de montrer aux enfants comment les distinguer de ceux qui
sont alimentés par le secteur),
des objets programmables.
La prise de conscience des risques occupe une place
importante dans ce domaine d'activités :
risques de la rue ou de la route (piétons et
véhicules),
risques de l'environnement familier (objets dangereux et
produits toxiques) ou plus lointain(risques majeurs).
Compétences devant
être acquises en fin d'école maternelle
1. Compétences dans le domaine
sensoriel
Être capable de :
décrire, comparer et classer des perceptions
élémentaires (tactiles, gustatives, olfactives,
auditives et visuelles).
associer à des perceptions déterminées
les organes des sens qui correspondent.
2. Compétences dans le domaine
de la matière et des objets
Être capable de :
reconnaître, classer, sérier, désigner
des matières, des objets, leurs qualités et leurs
usages,
utiliser des appareils alimentés par des piles
(lampe de poche, jouets, magnétophone...),
utiliser des objets programmables.
En liaison avec l'éducation artistique, être
capable de :
choisir des outils et des matériaux adaptés
à une situation, à des actions techniques
spécifiques (plier, couper, coller, assembler,
actionner...),
réaliser des jeux de construction simples,
construire des maquettes simples,
utiliser des procédés empiriques pour faire
fonctionner des mécanismes simples.
3. Compétences dans le domaine
du vivant, de l'environnement, de l'hygiène et de la
santé
Être capable de :
retrouver l'ordre des étapes du développement
d'un animal ou d'un végétal;
reconstituer l'image du corps humain d'un animal ou d'un
végétal à partir d'éléments
séparés;
reconnaître des manifestations de la vie animale et
végétale, les relier à des grandes fonctions
: croissance, nutrition, locomotion, reproduction;
repérer quelques caractéristiques des
milieux;
connaître et appliquer quelques règles
d'hygiène du corps (lavage des mains…), des locaux
(rangement, propreté), de l'alimentation
(régularité des repas, composition des menus),
prendre en compte les risques de la rue (piétons et
véhicules) ainsi que ceux de l'environnement familier
proche (objets et comportements dangereux, produits toxiques). ou
plus lointains (risques majeurs);
repérer une situation inhabituelle ou de danger,
demander de l'aide, pour être secouru, ou porter
secours.