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Reconstitucion del discurso :
[Je serai bref. La vérité est davantage vraie quand elle se manifeste
sans ornements et sans périphrases inutiles. Je souhaite faire un
commentaire au discours, pour lui donner un nom, du général Millan
Astray, présent parmi nous. Laissons de côté l’injure personnelle
d’une explosion d’invectives contre basques et catalans. Je suis né
à Bilbao au milieu des bombardements de la seconde guerre carliste. Plus
tard, j’ai épousé cette ville de Salamanque, tant aimée de moi, sans
jamais oublier ma ville natale. L’évêque, qu’il le veuille ou non,
est catalan, né à Barcelone. On a parlé de guerre internationale en défense
de la civilisation chrétienne, il m’est arrivé jadis de m’exprimer
de la sorte. Mais non, notre guerre n’est qu’une guerre incivile.
Vaincre n’est pas convaincre, et il s’agit
d’abord de convaincre ; or, la haine qui ne fait pas toute sa place
à la compassion est incapable de convaincre…On a parlé également des
basques et des catalans en les traitant d’anti-Espagne ; eh bien,
ils peuvent avec autant de raison dire la même chose de nous. Et voici
monseigneur l’évêque, un catalan, pour vous apprendre la doctrine chrétienne
que vous refusez de connaître, et moi, un Basque, j’ai passé ma vie à
vous enseigner l’espagnol que vous ignorez.]
(Première interruption : « Viva la muerte ! » [Vive la mort
!] )
Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive
la mort » qui sonne à mes oreilles comme « A mort la vie ! »
Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui mécontentaient
tous ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire avec toute
l’autorité dont je jouis en la matière que je trouve répugnant ce
paradoxe ridicule. Et puisqu’il s’adressait au dernier orateur avec la
volonté de lui rendre hommage, je veux croire que ce paradoxe lui
était destiné, certes de façon tortueuse et indirecte, témoignant
ainsi qu’il est lui-même un symbole dela Mort
Une chose encore. [Unamuno commence à s'exalter
à ses propres mots] Le général Millan Astray est un invalide.
Inutile de baisser la voix pour le dire. Un invalide de guerre. Cervantès
l’était aussi. Mais les extrêmes ne sauraient constituer la norme Il y
a aujourd’hui de plus en plus d’infirmes, hélas, et il y en aura de
plus en plus si Dieu ne nous vient en aide.
Je souffre à l’idée que le général Millan Astray puisse dicter les
normes d’une psychologie des masses. Un invalide sans la grandeur
spirituelle de Cervantès qui était un homme, non un surhomme, viril et
complet malgré ses mutilations, un invalide dis-je, sans sa supériorité
d’esprit, éprouve du soulagement en voyant augmenter autour de lui le
nombre des mutilés. Le général Millan Astray ne fait pas partie des
esprits éclairés, malgré son impopularité, ou peut-être,
à cause justement de son impopularité. Le général Millan Astray
voudrait créer une nouvelle Espagne- une création négative sans doute-
qui serait à son image. C’est pourquoi il la veut mutilée, ainsi
qu’il le donne inconsciemment à entendre.”
(A cet instant le général Millán Astray commence à hurler a gritar “Abajo la
inteligencia !”[A bas l'intelligence !])
“Cette université est le temple de l’intelligence et je suis son
grand prêtre. Vous profanez son enceinte sacrée. Malgré ce qu’affirme
le proverbe, j’ai toujours été prophète dans mon pays. Vous vaincrez
mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une
surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que
convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce
qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me
semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit..”

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