Les élèves ont introduit la rencontre avec Michel Piquemal par la lecture d'extraits de son livre - devenu un classique - « Le jobard » , moment émouvant pour l'ensemble de l'équipe présente. Elle pouvait assister au retour à la lecture-partage de cette classe.
En fin de parcours, il y a eu la création d'une exposition, d'une nouvelle, de questionnaires, de gâteaux (pour le « pot » que les jeunes ont souhaité en fin d'année).
Cette pédagogie visible et légitimée donne sens à l'action menée par ces jeunes.
Évaluation de l'action par le CRDP
(l'évaluation de l'équipe du lycée professionnel Jean Moulin a donné lieu à un autre document)
Pour le CRDP, cette action avait un enjeu démocratique et c'est pour cela qu'elle a été intégrée dans un projet global, et en partie extérieur à l'établissement.
Pour redonner confiance à ces jeunes, il a fallu donner du sens à tout ce que nous leur proposions de réaliser.
À chaque étape, il a fallu ré-expliquer le sens de chaque acte. C'est le sens attendu qui a permis de mettre en place une motivation essentielle pour les conduire sur les chemins des savoirs et les inciter à reprendre certains apprentissages.
Cette motivation n'est jamais acquise, et à chaque étape il fallait retravailler sur la prise de conscience de l'élève « que le professeur n'est pas là seulement pour donner des consignes, des devoirs et des notes mais qu'il est là, dans le cadre de cette action, pour faire avancer l'élève dans un domaine particulier - ici la lecture et l'écriture - et le rendre autonome ».
Cela repose la question du savoir : est-ce qu'une telle action débouche sur un savoir pour le savoir ou bien sur une mobilisation dans l'action et pour l'action, donc une ré-utilisation du savoir avec une re-formulation, une argumentation et une aptitude à expliquer ce que je fais et pourquoi je le fais en tant que professeur, intervenant ou responsable de l'action.
La question la plus souvent posée durant les premiers mois a été : « A quoi ça va me servir ? Ça n'a rien à voir avec ce qu'on fait d'habitude.». Questionnement permanent sur le sens de ce qui se fait et qui ne ressemble pas à ce qui leur est connu.
Ce questionnement débouche, s'il est compris, dans la croyance en ce qu'ils font - mais cela passe par le positionnement de tous les interlocuteurs de l'action. Il suffit que l'un d'entre eux émette un doute - cela a été le cas - et tout est à reprendre.
La méconnaissance, ou l'absence de curiosité des enseignants pour le support utilisé au début de l'acte de lire, l'album , a été une gêne ou un élément de conflit. Il fallait à chaque doute ou refus revenir sur la genèse et la construction de l'action pour reprendre foi en elle.
Dès le début et pendant tout le déroulement du projet, les élèves ont été associés au choix des albums. Ce sont eux qui ont choisi les sujets qu'ils désiraient traiter, la forme des rencontres. Sans cela, nous n'aurions pu arriver aux objectifs.
Un autre effet négatif que nous avons pu observer chez les adultes pendant le déroulement de l'action, c'est la tentation de céder à la séduction. Pour ce public de jeunes, qui malgré leur dénégation, ont besoin plus que les autres d'être aimés et reconnus, il est important de ne pas céder à leurs demandes, à leurs envies, lesquels peuvent prendre la forme de chantage (« Je fais cela si. », « Si je fais cela, qu'est-ce que vous me donnez. ») et font, ainsi courir le risque de détourner ou dévoyer les objectifs.
Même si nous savons, en tant que membres de l'équipe pédagogique, que le support affectif est important, nous ne devons pas perdre de vue que si l'autorité passe par la participation, la discussion et la négociation, le respect des règles reconnues par tous évitent les débordements.
Pour ce public, la rigueur incontournable, les règles imposées puis consenties ont permis aux élèves la réussite du pari fait ensemble.
L'objectif de reconstruire le lire et l'écrire était clair, il fallait construire autre chose, autrement (ce qui n'a pas toujours été compris des professeurs n'ayant jamais enseigné à ce public d'élèves). L'intégration dans une action qui leur apporte une valorisation et un changement visibles par tous dans leur statut d'élève, mais aussi et surtout une capacité à lire, à argumenter, à parler en public, à pouvoir discuter de quelques sujets ou de métiers sans attendre « une récompense scolaire » signent, pour toutes les personnes impliquées dans l'action, la réussite du pari initié quelques mois plus tôt. Lors de leur animation du 25 mai 2004 les élèves ont ressenti un vrai sentiment de fierté et de réussite personnelle.
Cette réussite n'aurait pu être atteinte sans le soutien du Proviseur qui n'a jamais douté des élèves et qui l'a fait savoir.
L'implication de la coordinatrice du projet du Lycée professionnel Jean Moulin de Béziers, M me Saigné, a été importante à tous les niveaux.
Le CRDP a mis à disposition les moyens , en ouvrages, le « carnet d'adresses » et les savoir-faire de la chargée de mission action lecture sans aucune restriction de temps permettant ainsi un suivi du déroulement des travaux entre les étapes et la mise en place des différentes manifestations.
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